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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 20:34

Publié dans Le Festin n°67

 

Un loft dans le Bordeaux XVIIIe.

 

Des maisons de caractère, Didier Garrigos en a connu quelques-unes au cours de sa vie. Soit qu’il ait restauré quelques vieilles bâtisses du XVIIIe siècle àBordeaux-Bastide – avec patio intérieur – ou encore à Bourg-sur-Gironde avec jardins en escalier, l’un regardant la ville, l’autre le fleuve, soit qu’il se soit pris de passion à Sainte-Eulalie pour une demeure contemporaine signée Jacques Hondelatte1. Chaque fois c’est l’aspiration impérative à vivre dans un cadre agréable qui l’a conduit à ces choix.Designer industriel,Didier Garrigos ne saurait habiter autrement que dans des lieux d’exception. Et il s’en est toujours donné lesmoyens. Là où d’autres ne voient que murs délabrés, noircis et longs travaux, lui a la vision immédiate des potentialités architecturales d’une construction. Son dernier coup de coeur, les combles de l’hôtel de Saige, en plein centre deBordeaux. Un grand «plateau» de plus de 130 m2, qu’il a acheté nu, séduit par les qualités spatiales du lieu. Les poutres d’origine en bois ont été renforcées par de plus récentes en acier galvanisé. L’appartement bénéficie d’un côté d’une échappée sur les balustres du toit du grand Théâtre, de l’autre, d’une vision plongeante sur la cour intérieure de cet hôtel particulier construit par Victor Louis2. Rythmé par trois niveaux de planchers différents, délimitant des zones d’activités distinctes, l’espace est fluide et accueillant. Des spots encastrés dans le sol diffusent une lumière douce.Un caisson percé de hublots isole les chambres et les sanitaires. Habitué à travailler selon les exigeantes mais subtiles méthodes de conception industrielle, Didier Garrigos ne cache pas une grande sensibilité, certes aux espaces, mais aussi aux textures.Un détail peut l’enchanter. Découvrir par endroit un appareillage de briques dans cette partie de l’hôtel bâti en pierres blondes a contribué à remporter sa décision d’achat. Aussi s’est-il empressé demettre en valeur ces pans de mur rouges, créant des effets tactiles inattendus à côté de la belle pierre de Gironde contiguë. Souvenirs et rêves de maisons Cette attention portée aux détails remonte à l’enfance. Didier évoque une promenade avec sa grand-mère sur les ruines d’un palais andalou, au sud d’Alicante. L’enfant de dix ou onze ans qu’il était alors s’attarde sur le dallage en marqueterie d’époque presque intact qui pave encore le sol. Au loin, la mer à perte de vue. Un éblouissement qui ne le quittera jamais. Son père, à son tour, lui donne également le goût des belles matières. Bourrelier-garnisseur, il travaillait pour le compte de la Sncf à refaire, entre autres, les sièges de wagons anciens destinés aux musées. Sans doute Didier a-t-il tâté avec plaisir des cuirs, des toiles ou du skaï, geste qui a développé son acuité à la texture des matériaux. Dans son loft, il a joué des contrastes entre le sol en lattes demurapiranga, bois exotique imputrescible tournant au rouge acajou et lemobilier de cuisine d’un blanc lumineux en Corian3. C’est d’ailleurs cet îlot, à droite en Designer industriel, Didier Garrigos est un amoureux des maisons. Dans le Triangle d’or bordelais, il a investi les combles du prestigieux hôtel de Saige, déployant avec brio, et sans nostalgie, un sens affûté des matières et de l’espace. entrant qui attire irrésistiblement à lui le visiteur plus enclin, curieusement, à s’accouder sur le plan de travail immaculé qu’à s’affaler sur le sofa quelques mètres plus loin. De ce grenier inhospitalier, il en a fait un loft chaleureux où il habite avec ses deux enfants. Dénué de nostalgie, c’est un habitat d’aujourd’hui, dans le simple respect de l’existant, en hommage au grand architecte contemporain qu’a été Louis, en son temps. D’un moderne, l’autre. Un jour, Didier Garrigos vendra cet appartement pour tenter une autre aventure, tellement est fort ce désir de projeter des espaces de vie et de donner corps à de beaux matériaux. Ça s’arrêtera dit-il, quand il aura un palais contemporain, avec patio intérieur et pavé de granit. Se pressent déjà dans sa tête, dans une folle danse, des images de constructions de Le Corbusier, d’autres très récentes,mêlées à celles d’habitats traditionnels du sudmarocain et bien d’autres encore. Au fond, le designer aurait pu être architecte.+ 86 • le festin #67 • > par Roseline Giusti-Wiedemann > photographies d’Olivier Rousseau 1. Architecte bordelais talentueux, trop tôt disparu, il reçut notamment le Grand Prix National d’Architecture en 1998. 2. La construction commence en 1776 et se termine au début de l’année 1778. Situé au 23-25 cours du Chapeau rouge l’immeuble constitue la tête de « l’îlot Louis », il s’étend jusqu’au cours de l’Esprit des Lois. 3. Composé à 75 % de pierre naturelle et le reste en résine, ce matériau très performant utilisé pour les cuisines a servi de revêtement au récent hôtel Seeko’o, quai de Bacalan à Bordeaux. Recherches Gironde 84 • le festin #67 • 

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Le blog de Roseline Giusti - dans Articles designers
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