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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 23:00

Fleur de boulange

 

Un double rideau à fleurs encadre la vitrine. Très cosy. Le dimanche après-midi, il est tiré et forme un singulier rideau de fer. Des soucis bons enfants dodelinent devant la porte.

Rien de clinquant. C’est sobre, un peu délavé

Dès l’entrée, une sonnerie surprend. « C’est à qui ? » dit la boulangère. « C’est à qui ? , merci, au revoir ». La voix suraiguë ne se pose jamais. Des paupières roses outrageusement maquillées battant comme des papillons. Le geste est lent et un peu mécanique, mais tout empreint de gentillesse, de sollicitude même.

« Alors, six plus dix, plus deux euros cinquante, ça fait… » Le crayon glisse derrière l’oreille et des colonnes de chiffres noircissent le bloc-notes ; deux croissants, cinq chocolatines.

« Chéri, chéri, la cliente voudrait des macarons pour dimanche ». Le chéri arrive. Il est deux fois plus grand qu’elle, deux fois plus gros aussi. L’ogre et la petite fille. Mais un ogre doux, souriant, ouaté comme un monumental Teddy Bear un peu flasque.

Les macarons, il faut les commander, perpétuant le rite des dimanches sucrés.

 

Pizzas et quiches lorraines sont enfermées dans un haut meuble-vitrine, comme des pierres précieuses, ce qui fait saliver les enfants.

Derrière le comptoir, un mur de lambris en bois vernis : des branches de lierre y sont savamment disposées sur toute la surface à l’aide de petits morceaux de papier collant. Ici la nature a envahi l’échoppe pour toujours. Le temps y crisse comme de la soie, comme un tussor qu’on froisse d’un doigt distrait, en pensant à autre chose.

On laisse dehors l’agitation, la poussière de la rue en travaux, le bruit des changements de vitesse au carrefour. On entre là pour goûter d’un temps immobile qui se pétrit, le même chaque jour et cependant jamais usé.

Le dimanche le frère va vendre sur le marché. Des pains aussi longs et blancs que son visage.

 

Roseline Giusti-Wiedemann

Publié dans Le Festin, n°43, p.150

 

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Le blog de Roseline Giusti - dans Poésie
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