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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 19:10

Publié dans Le Festin

 

L’arbre et son double

Au commencement est la fascination pour un arbre. Fascination, c’est-à-dire la stase, l’arrêt dans le temps. Bien avant les moyens plastiques nécessaires à la représentation, il y a cet état où l’artiste a la révélation d’une expression possible, d’un appel à la peinture. A partir de ce pivot s’amorce un programme d’envergure. La monumentalité des sujets traités et leur cadrage –le plus souvent serré- offrent au prime abord un calme, une sérénité, une placidité rassurante. Les arbres de Guillaume Toumanian semblent à l’abri de l’inconstance. Ils ne sont point fruitiers, donc délivrés des caprices d’une récolte, bonne ou mauvaise.

Les figures des autoportraits sont statiques, fermement campées, bien que les pieds n’y soient pas représentés car inutiles. Les bras croisés scellent la construction.

Or l’observation plus assidue démasque cette apparence. Un certain frémissement à la cime des arbres, le regard dans les visages révèlent un côté troublé, mystérieux, qui nous a échappé au premier coup d’œil. Quelque chose de l’ordre d’une inquiétude essentielle, un plissement de l’esprit affleurent à la surface de la toile. Recherche d’un espace intérieur, relayée par les procédés picturaux. Ambiance sourde, plombée, sans lumières crues ni tons violents -L’artiste ne sacrifie pas à l’éblouissement du sud.

L’œuvre dit l’expérience de la réversibilité. Ses arbres le regardent et le corps du peintre est à la fois voyant et visible. Elle dit aussi la prégnance du temps intérieur sur la temporalité externe. Durer pour la mémoire.

Roseline Giusti -Wiedemann, Professeur associé, université de Bordeaux3 / 2007

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