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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 21:30

La galerie Agora, à Agen, expose son mobilier design sur 350 m2, dans une ancienne fabrique de textile.

 

L’INVITATION AU DESIGN

A Agen, dans une petite rue de la vieille ville, non loin de la gare, une ancienne fabrique de textile accueille depuis trois ans, sur quelques 350m2, meubles et objets contemporains, du plus courant au plus luxueux. De quoi faire frémir d’aise les mordus de design. Ils sont tous là ces créateurs célèbres qu’on guette à Milan et que se disputent les galeries parisiennes, ceux qui font la une des magazines spécialisés, l’orgueil des hommes d’affaires branchés ou le délice du lectorat féminin. Mais ici, certainement à cause de la particularité du lieu, de l’agencement heureux de l’espace et de l’affabilité du propriétaire, ces grands noms du design semblent à votre portée, sans arrogance. L’atmosphère est propice à la simplicité des échanges. Des poutrelles en fonte, provenant de la fonderie de Fumel (1) attestent de l’ancienneté du bâtiment et de sa vie industrieuse. La galerie y trouve une épaisseur culturelle qui permet au mobilier contemporain de s’inscrire naturellement dans le continuum de l’histoire. Doté de qualités remarquables, ce bel espace s’offre comme un grand salon où le propriétaire évolue dans l’amitié des objets présentés, goûtant le bénéfice de dix années d’activité opiniâtre dans un précédent local, sis non loin de là.

 

(1)   Fumel…

 

L’appel starckien

Lorsque Philippe Starck  a commencé à démocratiser le design, Philippe Tansini a emboîté le pas. Séduit par les coques en plastique, impeccablement lisses que dessine le célèbre designer, il agit en disciple convaincu. Structures simples mais si inventives ! Le tabouret Bubu 1er, 1991, la chaise Louis XX, 1992, mais surtout le fauteuil Lord Yo, en 1994 ont servi de  déclencheur. Lignes étudiées, confort, résistance, gaieté, production sérielle donc plus accessible, voici les qualités de ces nouveaux meubles que le galeriste va désormais prescrire à ses clients. Depuis, bien d’autres créateurs sont venus grossir ses stocks : il représente aujourd’hui toutes les grandes marques du marché du design, estampillées Pierre Paulin, Arne Jacobsen, Alberto Meda, Jean-Marie Massaud, les frères Bouroullec et bien d’autres. Chaque mobilier est posément choisi pour ses qualités propres. Offre-t-il une gamme intéressante ? Est-il recomposable ?...  Quelques inévitables coups de cœurs viennent compléter cette sélection avisée.

 

Le design et les hommes.

Rallier le plus de clients possible à la modernité c’est bien ce à quoi s’est employé avec ferveur Philippe Tansini. Ses méthodes douces mais persuasives ont fait leurs preuves. L’écouter parler de son métier vous réconcilie avec le design, si toutefois vous conserviez encore quelques réticences vis-à-vis des meubles et objets signés de créateurs contemporains. A l’entendre, on ne comprend pas pourquoi la France entière ne s’est pas mise à vivre plus tôt dans son siècle, comme l’a fait en son temps et de façon magistrale le XVIIIème siècle à Bordeaux par exemple. Adhérer au design, aujourd’hui, ne serait-ce pas en effet, l’occasion de montrer sa faculté à épouser l’époque ? Au contact de Philippe. Tansini, vous risquez fort d’obtempérer. Non point qu’il vous vante d’emblée telle table de Patricia Urquiola ou tel siège de Ron Arad, mais parce qu’il est à l’écoute de vos besoins et de vos goûts, maîtrise l’art de la discussion et s’ingénie à apporter des solutions qui vont vous séduire. Pour donner du piquant à une salle à manger un peu sévère, il saura marier avec justesse les montures dorées ou les pieds chantournés d’une table de style avec le galbe gironde d’une chaise en propylène, sortie sans tache d’un moule industriel. « Je travaille tout en nuance », dit-il, « comme un peintre ». Sa méthode consiste avant toute chose à porter un regard d’ensemble sur la pièce qu’on lui demande d’aménager et non de faire des juxtapositions dénuées de sens.

Il approuve la démarche de Jasper Morrisson qui, à l’occasion de l’exposition de son travail au Musée des arts décoratifs de Bordeaux, a choisi de présenter son mobilier disséminé dans les collections permanentes.

 

Offensive sur les lieux publics.

Mais c’est dans le secteur des lieux publics qu’il s’est taillé la part du lion. Auprès des architectes bordelais, entre autres, avec qui il travaille depuis quelques douze ans. En témoignent l’équipement des 6000m2 de la médiathèque de la ville de Mérignac, (la quasi-totalité des sièges, tables et rayonnages) ou encore celui des bureaux du Palais de Justice à Bordeaux sans oublier les banquettes de la porte ibérique à l’aéroport mérignacais (Lanoire et Couran, architectes). « Dans ce secteur, l’ampleur des chantiers est exaltant », affirme Philippe Tansini, « c’est si différent d’une maison particulière où il est rare de se voir confier la totalité de l’aménagement ». Il a su convaincre les maître d’œuvres du bien fondé du design et introduire dans le paysage du bureau le fonctionnel mais aussi la gaieté des couleurs. Sensible aux matériaux mais plus encore aux formes, aux proportions et aux éclairages, Philippe Tansini a fait ses preuves dans le milieu architectural. On lui donne volontiers carte blanche, confiant dans ses talents de scénographe de l’espace, satisfait de sa touche vigoureuse.

 

Philippe Tansini a l’esprit d’entreprise. Il pense s’établir à Bordeaux prochainement. Pour continuer sa collaboration serrée avec les architectes et investir d’autres milieux, celui de l’hôtellerie, par exemple. Alors, va-t-on cesser de croire que le design c’est tout cuir, tout chrome et passablement cher ? Préfèrera-t-on quelques ventes risquées en ligne, alors qu’on vous garantit provenance et authenticité sans faille ? Reculera-t-on devant des solutions techniques si parfaitement ingénieuses ?

 

A Agen, le design comme il va.

 

Roseline Giusti-Wiedemann

 

Galerie Agora

 

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Le blog de Roseline Giusti - dans Articles designers
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