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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 20:47

Au printemps de 1962, Pol Chambost est invité à donner une conférence sur la céramique à Villamblard, petite commune aux confins nord du Grand Bergeracois.

Des stages destinés aux enseignants y sont organisés annuellement par le Centre d’étude et de diffusion des techniques éducatives (CEDTE). On fait alors de cet art du feu un moyen d’éducation. Les professeurs ont pour noms Jean Lurçat, Auguste Heiligenstein ou encore Jean Varoqueaux, animateur de la poterie périgourdine de Lembras. Cette année-là, Pol Chambost y rencontre Paul Corriger, émailleur sur lave à Sainte-Foy-la-Grande, futur lauréat des concours de Vallauris et de Faenza (en 1963) et Abel Coustillas, potier-tuilier de Beauronne1 avec qui il noue des liens indéfectibles. La région l’enchante. Et, lorsque trois ans plus tard, il décide d’un repli stratégique loin de Paris, c’est dans le Périgord qu’il élira domicile. Chance, hasard?

La propriété qu’il achète est celle d’un décorateur célèbre, Serge Royaux. Chambost l’a déjà rencontré par l’intermédiaire de Colette Gueden, styliste et directrice artistique de Primavera – le rayon art et décoration des magasins parisiens du Printemps, avec qui il a collaboré plus de vingt années, de 1943 à 1965. À sa demande, il créera toute une série de pièces dont des natures mortes et des bustes féminins. Designers nouvelle vague De nombreuses commandes de France et de l’étranger, diverses expositions, des récompenses répétées (française, belge, et américaine, notamment le très envié diplôme «Prestige de France») font de Chambost un artiste reconnu. Ses services de table Feuilles, puis Coquillages (1946?) à l’aspect nacré, ont été achetés par des connaisseurs de renom (Vilmorin, Rothschild). Ses grandes céramiques bicolores Corolle aux formes épanouies si typées (dès 1951), le vase Vague (1955) dont on ne connaît que trois exemplaires, font l’objet d’un véritable engouement. Ses pichets aux courbes sensuelles s’accordent avec les tables en forme de rognon ou de haricot, dernier cri en matière d’ameublement. Après le rigorisme des formes issues du Bauhaus, la grande école allemande de design des années 1920, l’heure est au biomorphisme et aux tons vifs, libérés. Chambost fait corps avec les créateurs des années 1950, ceux-là même qui redonnent souffle à l’art décoratif. Les designers Jean Prouvé, Pierre Paulin, Pierre Guariche, Mathieu Matégot, Joseph-André Motte ou René-Jean Caillette, les peintres décorateurs Paul Pouchol et Paule Marrot et les céramistes Georges Jouve, Louise-Edmée Chevalier, Pierre Roulot…

En 1958, le filmculte de Jacques Tati, Mon oncle, montrera sur les tables basses de la très célèbre villa Arpel ses modèles de vases, empreints des enseignements de Braque et de Picasso. Pol Chambost ne cesse d’innover. De nouveaux émaux craquelés jaune «capucine», vert absinthe et rouge, puis des pièces d’un blanc mat ou brillant, sont suivis par des vases et cachepots en terre chamottée* «africanistes» d’un beau bleu dur. Sa passion pour l’art populaire du Berry l’amène même à > par Roseline Giusti-Wiedemannréaliser une série de grès. Chaque saison voit l’élargissement du répertoire de formes et d’émaux. Le Périgord, terre d’adoption Mais l’artiste aspire bientôt à une vie plus calme afin de donner cours à de nouvelles expérimentations dont il caresse le projet depuis longtemps. Dans son domaine périgourdin de Saint-Jean-d’Estissac, il adopte un mode de travail plus artisanal. Ce retour à la nature lui procure un nouvel équilibre, après deux deuils qui l’ont profondément affecté (son père et Paul Pouchol). Avec l’aide de sa femme, il se consacre à l’exécution de pièces monochromes. Vases, coupes, bouteilles se recouvrent d’émaux aux teintes nouvelles : céladons, sangs de boeuf puis turquoises. Son défi ? Obtenir sur faïence les mêmes effets que procure la porcelaine : craquelé, profondeur, chatoiement, velouté qui font la réputation de l’art chinois. Une gageure. Sa nouvelle vie au contact de la nature lui inspire aussi des objets animaliers. Tout un bestiaire très expressif voit le jour : chouettes, hérissons, cygnes…


Alors qu’à la même période, Vasarely à Belle-Isle-en mer (1974) avoue son émotion pour de beaux cailloux polis trouvés sur la plage, Chambost lui, s’intéresse à la forme de l’oeuf. Il en façonne de différentes tailles. D’une belle facture, vendus en exclusivité par la firme de meubles Roche et Bobois ils connaissent un large succès. L’oeuf grand modèle ornera même l’entrée de l’appartement de César et Rosalie dans le film éponyme de Claude Sautet. Sans négliger les Salons parisiens, l’artiste répond aux sollicitations locales. À Mussidan, où il participe activement au lancement du club de céramique, il expose plusieurs fois, notamment en 1972, année où il est également présent aux salons de Cologne et de Munich. On le retrouve aussi au château de Puiguilhem, puis très régulièrement durant les années 1970 à Saint-Émilion. L’homme est resté modeste, il plaît. Son talent est immense, il est apprécié. On vante sa virtuosité technique, sa rigueur, son inventivité. Pol sur tous les tons Diplômé de l’École Bernard Palissy (qui deviendra l’école des arts appliqués à l’industrie en 1923), formé à l’atelier paternel d’art funéraire à Ivry-sur-Seine, Pol Chambost est venu à la céramique par la sculpture, ce qui explique son sens aigu des volumes et sa maîtrise du dessin dans l’espace. L’exposition des arts décoratifs de 1925 lui a donné sa première chance : le modelage de la porte du pavillon des Galeries Lafayette, un ouvrage de 40m2 ; il a dix-neuf ans. S’ensuit une fontaine pour le célèbre paquebot Liberté de la Compagnie Générale transatlantique, en collaboration avec le peintre Paul Pouchol. Très vite, il abandonne la sculpture au profit de la céramique qui, lui autorisant plus de fantaisie, le comble.

En 1933, sous le nom de Céramia, il commence une production régulière, funéraire au début, puis culinaire. La majeure partie de ses créations sera consacrée aux arts de la table, tirant de la faïence des possibilités insoupçonnées. Les qualités tactiles de certaines séries sont particulièrement remarquables ; Chambost joue à souhait des effets de contraste, rugosité de « peau d’agrume» opposée à des surfaces parfaitement lisses, entre autres. À cela s’ajoutent des dons indéniables de colo- 48 • le festin #63 • Pol et Irène Chambost, travail de retouche sur terre crue, 1977.

Recherches

Dossier Céramique Avec l’aide de sa femme, il se consacre à l’exécution de pièces monochromes : vases, coupes, bouteilles se recouvrent d’émaux aux teintes nouvelles D. R. 1.

 

Beauronne est un centre potier séculaire situé près de Mussidan, où A. Coustillas fut le dernier à façonner la terre de façon artisanale. Pol Chambost eut fréquemment recours à ses services. Recherches Dossier Céramique 46

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