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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 18:37

VINCENT BECHEAU, MARIE-LAURE BOURGEOIS, designers.


Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois, designers, sont installés à Saint-Géraut de Corps, en Dordogne. Depuis 1982, ils conçoivent des objets, du mobilier urbain et aménagent des espaces publics. Lauréats  de nombreux concours, ils développent également une recherche personnelle, portant matériaux et techniques dans des domaines inexplorés.

Si leurs partenaires sont nationaux et internationaux, ils ne renient pas leur appartenance au terroir. Ils viennent de réaliser, à MONTPON-MENESTEROL, une "exposition de proximité" –rétrospective de près de quinze ans de travail-/ pour se faire mieux connaître des habitants de leur commune et des villages avoisinants.

 

"LOUISES" VIRTUELLES

Au salon du meuble, à Paris, en janvier dernier (1),  Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois ont présenté deux de leurs dernières productions : un semainier et une chaise dont les motifs décoratifs ont été fixés par impression numérique.

Le procédé est d'actualité, l'effet surprenant.

Une commode à perruques et un cabriolet Louis XV, appartenant aux collections du Musée des Arts Décoratifs de Bordeaux, ont servi de point de départ. Sur des structures contemporaines, -dites "Louises"-, reprenant le gabarit des meubles XVIII ième, mais épuré, l'image des originaux a été reportée, à partir d'une photographie.  Le semainier a été imprimé sur toutes ses faces, le siège, au recto et au verso de son dossier. Les éléments du décor ont été retravaillés en aplats et remis d'équerre. Pour le fauteuil, ils se sont même enrichis de quelques détails, absents de la tapisserie d'origine. Des scènes érotiques, en effet,  sont disséminées, ça et là, de façon discrète,  pour le plus grand bonheur de l'amateur attentif.

Ces pièces constituent l'aboutissement d'une recherche engagée, de 1994 à 1997, avec la série Ozone. Le procédé consistait à exposer à un rayonnement lumineux intense, les parois d'un meuble, préalablement recouvertes de caches formant motif. Sous l'effet des UV, le bois fonçait prématurément, révélant les figures en réserve. Mais les décors s'altéraient rapidement

à l'air. Pour garder la trace du temps et de la mémoire, la technique numérique (2) s'avère aujourd'hui plus fiable.

Du mobilier de style, ils gardent l'esprit,  remodèlent la forme,  pervertissent l'image. Personne n'est dupe. Certes l'emprunt est avoué, la référence précise, mais la transposition est sans ambiguïté. Ce qui leur importe, c'est l'insertion du meuble d'aujourd'hui dans la continuité historique, dans une généalogie.  Ils récusent toute démarche de rupture et se moquent, à  l'évidence, de ne pouvoir briller au panthéon des avant-gardistes,  Pour eux, l'ornement n'a jamais été un crime et leur modernité, en travaillant des formes que d'aucuns taxeraient d'has been, se situe au-delà des modèles convenus, quitte à provoquer un peu.

 

SAVOIR-FAIRE CONTRE INNOVATION

Dans le cadre du projet "Design en Lorraine", actuellement en cours (3),  V. Bécheau et M.-L. Bourgeois viennent de concevoir un nouveau modèle de chaise destinée à l'hôtellerie. L'entreprise Delaroux s'est laissée convaincre par leur proposition : un système de dossier -en forme de médaillon- et d'assise interchangeable, dispositif novateur qui bouscule un peu les pratiques ancestrales de la firme.

 

(1) dans le cadre d'un appel permanent du VIA (Valorisation pour l'innovation dans  l'ameublement, Paris)  qui a financé les  prototypes, à des fins d'exposition en France et à l'étranger. 

(2) Atelier numérique SAM, à Bordeaux.

(3) également à l'initiative du VIA, le projet consistait à mettre en relation designers et fabricants de meubles lorrains.

 

 

Dans leur relation professionnelle,  les designers multiplient les contacts avec les fabricants, et envisagent la collaboration sur le mode de l'échange. "Nous leur apportons un regard plus

"contemporain", nous bénéficions, en retour, de leur maîtrise technique séculaire. Il y a quinze ans, on n'aurait pas apprécié à sa juste valeur les savoirs-faire de ces entreprises et on n' aurait pas su les conjuguer à notre désir de faire évoluer les formes" dit Vincent Bécheau.

 

PROSPECTIVE.

La réponse aux commandes n'oblitère pas le travail d'expérimentation, nourriture secrète indispensable. Ainsi, M.-L. Bourgeois se livre-t-elle à un véritable "élevage" de matières diverses, attentive à leurs performances, mais surtout à leur vieillissement. On peut voir dans leur atelier des objets "mutants" associant par exemple de vrais cheveux et des matériaux plastiques, des formes travaillées à la colle néoprène, proche de la texture d'un boyau organique, gommant à l'œil toute limite entre naturel et artificiel.

Ils engrangent ces expériences, sachant qu'il est trop tôt pour leur donner une application immédiate.

L'occasion se présente parfois de donner corps à l'une ou l'autre de ces recherches. Ainsi, Nestor Perkal, directeur du Centre de recherche sur les arts du feu et de la terre (Craft), à Limoges, vient-il de les solliciter. La réponse est originale : faire sortir la porcelaine de l'art de la table, la délivrer de ses fonctions domestiques serviles (bidet, radiateur, douilles électriques…) et restaurer son image.

Parmi les trois projets retenus, -deux meubles de rangement et un mât avec coupelles-, la pièce "Jeu n°1" est techniquement la  plus audacieuse. Des barres de bois de padouk sont juxtaposées, à part égale,  à des lames de porcelaine extrudées, dans un jeu de rayures en alternance, formant structure autant que décor. A son faîte, le plateau, amovible, est si parfaitement ajusté au corps du meuble qu'il n'y paraît pas au premier regard. (La version Jeu n°2  propose une coupe-vase également détachable). Enfin, pratique coutumière chez ces artistes ( meubles de la série Ozone, semainier Louise), les parois intérieures stratifiées, révèlent secrètement un jaune vif bruissant.

 

Raffiné, ménageant surprises et découvertes, le travail de V. Bécheau et M.-L. Bourgeois se dévoile toujours de façon discrète et mesurée, comblant l'usager,  pour peu qu'il entre dans cette "initiation".

Un dernier exemple :  les extraits de poèmes en braille, "cloutés" aux flancs de certains sièges de la médiathèque de Pessac.

 

Roseline Giusti

Paru dans Le Festin

 

 

 

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Le blog de Roseline Giusti - dans Articles designers
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