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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 13:18
Bagnères-de-Bigorre et sa région
Publié le 15/04/2010 12:25 | Roseline Giusti.

Bagnères-de-Bigorre. Un atelier théâtre dynamique au lycée

contrat d'avenir

Quelques-uns des 26 élèves interprétant une scène des « Oiseaux »./Photo R. G.
Quelques-uns des 26 élèves interprétant une scène des « Oiseaux »./Photo R. G.
Quelques-uns des 26 élèves interprétant une scène des « Oiseaux »./Photo R. G.

L'atelier théâtre du lycée Victor-Duruy vient d'être doté d'une subvention de plusieurs milliers d'euros par le conseil régional, récompensant le bien-fondé du projet proposé. De quoi doper les énergies des élèves qui s'activent à préparer le spectacle prévu à la Halle aux grains, le 25 mai prochain. Deux pièces au programme : « La Conférence des oiseaux », du poète persan du XIIe siècle Farid Al-Din Attar, et « Dr Jekyll et Mr Hyde », de Robert L. Stevenson. Le premier écrit est un récit initiatique. Une multitude d'oiseaux du monde entier et de différentes espèces partent à la recherche de leur roi Simorgh, oiseau fabuleux. Le voyage est difficile, il faut franchir sept vallées.

Des thèmes de réflexion

Le texte relate les épreuves que connaissent les oiseaux avant d'arriver au bout de leur quête, non sans surprises. Transposées dans la vie d'aujourd'hui, les péripéties des oiseaux, pris aux filets du monde, sont l'occasion pour les élèves de réfléchir à un certain nombre de problèmes existentiels qui les agitent en cette période d'adolescence : relations aux autres et aux parents, amour, engagements. Contre quoi est-on prêt à se battre, qu'est-on prêt à quitter… ? Le second texte, plus connu, pointe sur la dualité de l'homme et la difficulté à unifier côté lumineux et côté sombre. Autre façon de s'interroger sur les attitudes à tenir dans la vie. À noter une originalité dans l'adaptation à la scène que propose le professeur Patrick Lode, directeur de la Companie du Baluchon à Tarbes : le personnage du Dr Jekyll est ici joué par une femme.

C'est la pertinence du projet qui a retenu l'attention du conseil régional, confirme Mme Barreyre, la CPE du lycée. Dans le cadre des projets d'avenir, les subventions ne vont plus désormais aux seules activités pédagogiques des classes, mais aussi à celles des foyers socio-éducatifs. Bouffée d'oxygène qui permet au théâtre d'être un élément fédérateur de la vie à l'internat et d'assurer au plus juste l'implication des élèves dans les activités culturelles de la ville (rencontres d'acteurs, répétitions devant diverses associations…) Positivons, rencontrons-les, les ados ont aussi des choses à nous dire.

 

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 21:24

Patrimoine
et design,
la méthode Nontron

 

Imaginées par une pensée fertile mais pragmatique, conduites
La commune périgourdine mène depuis plusieurs années un
programme de valorisation des métiers d’art, à la croisée des
savoir-faire et du design le plus contemporain. Émaillé de
rencontres fructueuses et d’une production originale, le parti
pris audacieux de Nontron est promis à un bel avenir.
> par Roseline Giusti-Wiedemann

 

On savait tonique le Périgord vert. Les actions en faveur du
patrimoine développées à Nontron viennent corroborer cette
réputation. Entre corps de métiers variés, entre savoirs et
savoir-faire spécifiques, le Pôle des métiers d’art, institution
originale de la ville, ne cesse d’établir des liens et d’exploiter
les différences selon un mode dynamique et fécond.
Les projets qui en sortent sont intelligents et sensibles.
La paternité en revient à l’artiste licière Sylvie Weber,
assistée un temps d’Herine Loussouarne, puis aujourd’hui
de Sophie Rolin, chargée de l’ensemble des expositions.
Des outils performants
Les actions sont réparties sur deux sites.
Inauguré le 30 juin 2007, l’Espace des métiers d’art est une
plate-forme technique, à l’usage des professionnels et des créateurs
invités en résidence. On y trouve des salles de travail
(studio de création, atelier des maquettes et prototypes), des
salles de réunion et des ateliers pédagogiques, destinés à
accueillir également des expositions expérimentales. Parmi
les projets à venir : l’édification d’oeuvres monumentales
spécialement conçues pour cet espace. En liaison avec le
cabinet d’architecture nontronnais b.i.p. (Bureau d’intervention
sur le paysage), des créateurs vont ainsi pousser aux limites
céramique, vitrail, tapisserie, tissage et mosaïque. Cet Espace
fait aussi office de bureau d’informations pour les professionnels
qui voudraient s’installer dans la région (renseignements
administratifs, contacts, recherche de locaux…)
L’Espace Paul Bert, lui, fonctionne depuis 1999. Outre une
boutique qui présente des réalisations à la vente, s’y déroulent
des expositions temporaires thématiques (quatre manifestations
par an) qui attestent bien de la particularité du
lieu. «D’une oeuvre à l’autre », par exemple, dans le cadre
de la manifestation annuelle «L’art en bandoulière», confrontait
pour la première fois en 2006, art contemporain et
métiers d’art. Ces derniers étaient invités à trouver leur inspiration
auprès d’oeuvres choisies dans deux artothèques.
En 2007, l’exposition «Dinanderie, lustres et brio», thématique
rarement traitée, confrontait des créateurs de toute
la France, artistes confirmés ou moins. La haute technicité
et l’inventivité des recherches de certains jeunes exposants
formés à Olivier de Serres1 ont fortement impressionné
leurs aînés pourtant plus avancés dans le métier. La même
année, «Aujourd’hui la tapisserie» a eu pour effet de faire
mieux connaître la catégorie de liciers créateurs, qui du carton
au tissage, réalisent l’oeuvre de bout en bout. Ainsi renforcé
dans son identité, ce groupe a pu se faire entendre aux
Rencontres de l’Ecole du Louvre qui avaient négligé cette
dimension du métier. Une nouvelle exposition s’en est suivie
à Aubusson2.
Des résidences, une philosophie pragmatique
Le projet le plus audacieux est certainement celui d’avoir
su marier métiers d’art et design.


1. École parisienne
formant aux Arts
décoratifs et au
design.
2. Ce projet
« leader +»,
réservé uniquement
aux femmes, a fait
l’objet de
financements
européens.
Recherches Faire et défaire
60 • le festin #65 •
• le festin #65 • 61

 

Faire et
défaire
Taillis céramique, création
Godefroy De Virieu.
cl. Bernard Dupuy
selon
un protocole
de fonctionnement
reposant sur des
convictions et des exigences, les résidences du
design à Nontron pourraient bien avoir commencé
à écrire leur histoire.
Un itinéraire riche, tissé d’échanges, d’enthousiasme, de
qualités humaines et de prises de risque. Deux sessions ont
déjà eu lieu, Matali Crasset a inauguré la première, Godefroy
de Virieu la seconde. La troisième est en cours avec Stephania
di Petrillo et, à l’évidence, les résultats sont là. Pourtant,
ce n’est pas banal d’engager dans une aventure commune
des professionnels des métiers d’art et des designers.
Alors, comment expliquer cette réussite?
En premier lieu une habile conception. Missionnée dès
1999, nous l’avons dit, pour l’ensemble du projet, Sylvie
Weber s’est appuyée sur sa propre expérience des résidences
(invitée en tant que licière) pour profiler avec justesse
le contour du projet nontronnais. Elle a bientôt formulé une
grammaire efficace et originale, mais souple d’utilisation,
pour mettre en dialogue des autochtones détenant des
savoirs et des techniques éprouvées et des invités apportant
diverses autres expériences. Elle a tout misé sur le choc
culturel. Autant sur la découverte par les designers des
techniques spécifiques locales comme par exemple le moulage
de l’étain ou le façonnage du châtaignier que sur la prise
de conscience de la part des corps de métiers locaux des
nouveaux horizons créatifs et commerciaux qui s’offraient
ainsi à eux. Elle a soigné la qualité de l’accueil. Non point
uniquement en terme de confort –Matali Crasset a logé chez
l’habitant (et sa simplicité a laissé un souvenir mémorable),
mais en développant les occasions de contacts, cherchant
aussi à faire connaître le résident au-delà du cercle des professionnels.
Les modalités de séjour ont été rendues flexibles.
Plutôt qu’une assignation à résidence de trois à six mois,
le temps de présence à Nontron peut être étalé sur l’année,
ce qui n’entrave pas les activités professionnelles de l’invité
et lui autorise un temps de réflexion plus long qu’il met à
profit. Le pôle insuffle sa
philosophie, les décisions
se prennent
ensemble, le travail se
fait en équipe, les échanges
sont équitables…
Pas d’obligation de
résultat non plus. Mais jusqu’à
présent tous sont arrivés à produire des
oeuvres belles et fortes, avec éditions à la clé. Le mobilier
du centre de documentation de l’Espace des Métiers d’art
est signé Matali Crasset. Les beaux objets en châtaigniers
de Godefroy de Virieu sont distribués avec succès par un
éditeur local. Et la table gigogne de Stéphania di Petrillo
est promise à un bel avenir.
Accorder de l’importance à l’humain, telle est la formule
de Sylvie Weber. «La résidence doit sa cohérence et sa réussite
à une combinaison de pragmatisme et d’exigences de
qualité, si l’un des critères prévaut, l’équilibre est menacé»,
affirme-t-elle. Il faut aussi rendre hommage aux professionnels,
particulièrement réactifs qui savent, à leur tour,
emboîter ce rythme de travail « syncopé», inhabituel pour
eux.
Quelle émotion, cette année, lorsque toute l’équipe a inauguré
la table de banquet de Stephania !+
62 • le festin #65 •
Arbre d’hiver,
création Godefroy de Virieu,
édition Enkidoo
(Cyril Delage).
cl. Bernard Dupuy
Recherches Faire et défaire
Pôle des Métiers d’art
Espace Paul Bert
Place Paul-Bert
T. 05 53 60 74 17
24 300 Nontron
QOù?
Brassée,
création Godefroy De Virieu,
édition Enkidoo (Cyril Delage).
• le festin #65 • 63
Mobilier de l’espace Métiers
d’art, design Matali Crasset.
Réalisé avec
Patrice Cibert, ébéniste ;
Théa de Lange, créatrice
textile et feutre ;
Philippe Villepontoux, ébéniste ;
Sylvie Weber, licière ;
Atelier Louis Martin, vitrail ;
Atelier Virginie Ecorce,
création châtaignier.
A Tavola !, design Stefania Di Petrillo.
Réalisé avec Alexander Hay ébéniste ; Vincent Armand, émailleur ; Kristiane Hink,
céramiste ; Les Étains du Périgord ; Boris Cappe, céramiste ; Frédérique Lafforgue,
tisserande ; la Coutellerie nontronnaise.
Dialogue entre l’oeuvre
de Marc Pataut, Marina
(artothèque du Limousin)
et la tapisserie
de Sylvie Weber, Regard.
cl. Bernard Dupuy
cl. Bernard DupuyPatrimoine

et design,
la méthode Nontron

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 13:50

Les créations de Nathalie Blanc, Emmanuel Gallina,
Vincent Poujardieu et Anne Xiradakis sont l’occasion
de découvrir des facettes, peut-être insoupçonnées, du
design. L’interaction avec le monde de l’entreprise fait
évoluer leurs savoir-faire et les conduit à transmettre
leurs expériences.
> parRoseline Giusti-Wiedemann
Recherches Gironde
120 • le festin #69 •
Parcours
dedesigners
• le festin #69 • 121
Gironde

 

Nathalie Blanc,
vases oniriques et
maître-verrier


Volumes élégants, couleurs
éloquentes, cols en forme
de corolle ou de bouche
avide, les vases deNathalie
Blanc sont des êtres de
chair façonnés par la main
et le souffle. L’artiste aime ce
corps à corps très physique avec la
matière en fusion et assiste elle-même
lemaître-verrier bergeracoisAlainGuillot qui donne vie aux
formes qu’elle conçoit. Quelle jubilation à étirer, couper,
cisailler cette texturemoelleuse, d’un geste rapide, à la fois
puissant et délicat. Sans décor, chaque vase s’anime par l’alliance
de la couleur et de la transparence. «L’épaisseur du
récipient est comme une peau que l’on peut regarder à l’envers
et de l’intérieur», précise Nathalie Blanc. Toucher du
regard prend ici tout son sens. Ces vases se dérobent à l’usage
domestique. Non point qu’ils ne puissent être un contenant
adéquat pour des fleurs, mais parce que la créatrice les a
libérés de cette fonction pour les ramener à la seule expression
formelle. Panses et orifices sont en fait diablement
suggestifs. Car au-delà des courbes délicates il faut y voir
des symboles sexuels, féminins autant quemasculins. Dotée
d’un double cursus, design (qu’elle enseigne) et arts plastiques,
Nathalie Blanc, alias Nadine Blandiche pour d’autres
types d’oeuvres, joue de l’ambiguïté. Ses créations sont
des pièces uniques raffinées, ironiques, impertinentes. Sa
maîtrise du volume lui a valu récemment de réaliser la
sculpture initiale du piètement en forme de jambe de la chaise
Perspective de Pharrell Williams, un rappeur américain.
Cette chaise est une demande de la firme Domeau et Peres,
à qui Nathalie Blanc a déjà eu recours pour d’autres objets
en fine peausserie de cuir, des ballons ovales entre autres,
tout aussi symboliques.



Emmanuel Gallina,
designer et pédagogue
Il a grandi à Bordeaux, travaille aujourd’hui entre Milan
et Périgueux – ville dont il a dessiné le logo. Après un triple
cursus professionnel, Arts déco de Limoges, arts visuels à
Orléans, Politecnico de Milan, et un séjour de six ans dans
l’agence du célèbre designer italien Antonio Citterio,
Emmanuel Gallina a désormais acquis une stature internationale,
avec des clients en Chine, entre autres. Ses réalisations
sont des produits industriels haut de gamme qui,
marque du savoir-faire milanais, bénéficient souvent d’une
finition artisanale. Sobres, élégants et de qualité, ses tables
pour Poliform, ses pendules équipées de Led pour Fiat, ou
encore son mobilier de bureau pourManade, ne sacrifiant
pas à la mode, passent les ans hardiment. En novembre
dernier Emmanuel Gallina dirigeait un workshop pour les
étudiants de l’école de design bordelaise Lima. Le thème :
des objets pour la grande distribution : le jardin, le bricolage,
la cuisine, la salle de bain, la bagagerie…Imagination
dopée, les apprentis-designers ont su néanmoins se couler
dans un cahier des charges exigeant et produire, à leur grande
surprise, des objets du quotidien qui n’existaient pas encore
ou en améliorer d’autres.Àvoir sur les documents d’archives,
les visages épanouis des uns et des autres et la qualité des
résultats, on se dit que l’opération a été une belle réussite.
C’est parce qu’Emmanuel Gallina est un pédagogue hors
pair. Précis, doté d’un remarquable sens du détail – acuité
développée chez Citterio – , il exige à la hauteur de ce qu’il
donne.Beaucoup. Il transmet des savoir-faire, des techniques
de pointe, mais pas uniquement. Il tente aussi d’inculquer
aux étudiants des stratégies propres à ce métier, rendu
difficile par sa situation à la croisée d’un grand nombre de
disciplines. Ainsi applique-t-il, à chaque projet, la pensée
du sculpteur roumain Constantin Brancusi qu’il a érigée en
règle : «La simplicité comme complexité résolue».
= www.emmanuel-gallina.com
122 • le festin #69 •
Recherches Gironde
• le festin #69 • 123
1. Marbrerie du
Neez, (M. Tanner)
à Gan.
Vincent Poujardieu,
bureaux mythiques
Vincent Poujardieu se plaît aux variations. Sa spectaculaire
gamme de bureaux en porte-à-faux vient de s’enrichir de
deux nouveauxmodèles, baptisés Zeus et Aile, qui allient audacieusement
matériaux et techniques artisanales à des
matières modernes comme l’inox ou les composites. À son
habitude, le designer s’est lancé des défis, entraînant dans
cette aventure fournisseurs et fabricants. La construction
de ce mobilier est assez exemplaire. Une plaque de matériau
en structiso et fibre de carbone rigidifie les grands
plateaux horizontaux avancés dans le vide. Composé de cinq
éléments entièrement démontables, chacun des deux bureaux
adopte un système spécifique de montage du plateau.
Pour le bureau Aile, le système est un emboîtement, coulissage,
sur les pieds enmarbre pyrénéen de Sainte-Anne, finement
travaillés1. Pour le bureau Zeus, il s’agit d’un serrage
au niveau des queues d’aronde. Lamise en oeuvre des pieds
du bureau Zeus – creux à l’intérieur, mais lestés – constitue
une véritable prouesse technique.
Il faut louer l’ingéniosité déployée au cours de longues
expérimentations de Jean-Thierry Saal et de son équipe en
atelier, la fonderie La Morandière au Pian-Médoc. À cela
vient s’adjoindre un jeu subtil entre les matériaux. Si le
designer recherche systématiquement les contrastes – couleur
chaude et froide, matité et brillance, lisse et grenu – , il va
jusqu’à pervertir les significations habituellement attachées
à cesmatières.Voué à lamaroquinerie de luxe, le cuir «pleine
fleur» de la Tannerie Rémy Carriat à Espelette, qui gaîne
le plateau du bureau Zeus, laisse ici affleurer la colonne vertébrale
de l’animal, vache de belle prestance. L’effet est d’autant
plus viril que les surfaces métalliques, aux arêtes
façonnées tout en rondeur et polies à l’extrême, sont des
plus sophistiquées. Quant aumarbre, cantonné dans le funéraire
ou les salles de bain, mat et associé à du stratifié,
il conquiert ici allègrement le secteur dumobilier de bureau.
Éditées en petites séries, ces pièces contribuent à la recherche
d’un luxe contemporain.
= www.poujardieu-design.fr
Anne Xiradakis, nouveaux rituels culinaires
Designer, Anne Xiradakis travaille sur les objets de la table
et leurs usages. Des voyages en Extrême-Orient lui révèlent
d’autres pratiques qui l’incitent à repenser vaisselle et façon
de servir. Là voici créant, selon une combinatoire jouant du
double et de l’envers, des récipients en porcelaine, inattendus.
Elle invente alors les cafés éphémères, espaces d’expérimentation
nomades et immédiats, qui lui permettent de tester
ses recherches. Parallèlement, elle s’adresse à des chefs
réputés et convainc Guy Savoy d’utiliser son
assiette à soupe et son bol à l’envers qui
ne s’empilent ni ne tolèrent de lavage
enmachine.Pour JacquesDecoret,
elle étudie une sauteuse à
spaghettis munie d’un goutteà-
goutte, en inox brossé et
cloche en verre, récipient inédit,
utile et raffiné qui lui vaut en
novembre dernier d’être doublement
primée2. À l’automne 2008, sur l’invite du Frac Aquitaine,
qui expose l’oeuvre protéiforme de Camille Chaimowicz, le
café éphémère prend l’allure d’un banquet pour 200
personnes. Jour d’intense création où se marient, avec
succès, les audaces culinaires d’un jeune chef parisien,
d’origine basque, Iñaki Aizpitarte, à un service de table
inventif, créé par Anne Xiradakis pour la circonstance.
Quatre «bouchées»miniatures requièrent autant de contenants
appropriés. Le service est surprenant. Les plats arrivent
successivement, enveloppés dans un carré de tissu, le
furoshiki3, sur une planche à roulettes, sur un plateau, ou
posés sur un fourreau textile. Les convives sont invités à
innover dans leurs gestes : adopter une posture assise sur
un coussin àmême le sol,manipuler une assiette sans bord,
lécher du chocolat fondant sur une langue en céramique…
Rituel culinaire où l’acte de déguster est régi autant par la
vaisselle et son service que par la cuisine.
= www.annexiradakis.aoki.fr
2. Dans le cadre du
concours de Mme
Figaro-De Dietrich,
le grand prix
du public et celui
du jury.
3. Technique
japonaise
traditionnelle
d’emballage
en tissu.
124 • le festin #69 •
Recherches Gironde

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 10:14

Vincent POUJARDIEU, Le matériau protagoniste 

           

Une table qui zigzague sans coup férir sur son socle en ellipse; à ses côtés une étagère dans le même matériau. Voici les dernières productions de Vincent Poujardieu, toutes d’aluminium.  

Certes, Gerrit Rietveld, un des tenants du mouvement De Stijl, avait produit par la suite, en 1934, une chaise de forme similaire, mais aux caractéristiques bien différentes puisqu’il oeuvrait avec du bois. Dans le sillage du précurseur hollandais et en hommage à celui-ci, Vincent Poujardieu donne, de la forme en Z –pour une table cette fois- une version contemporaine intelligente, sobre, chic, et légère à souhait. Le secret d’une telle performance réside dans le fait d’avoir su exploiter à son maximum les qualités spécifiques du matériau constitutif : du panneau alvéolaire consistant à prendre en sandwich entre deux feuilles d’aluminium une structure nid d’abeille. Résistance à la flexion et légèreté incomparables sont ainsi garanties. La forme désirée peut alors être obtenue par simple pliage d’un seul et même panneau. Hautement industriel, ce panneau alvéolaire sert à construire des shelters destinés à accueillir par exemple des unités de santé mobile, à fournir des abris techniques et des conteneurs ou encore des outils pour l’aéronautique. Tous produits dont la Sté Euro-Shelter s’est fait depuis longtemps une spécificité. Là où cette dynamique entreprise rennaise se démarque, c’est qu’elle est une des rares à avoir su mettre ses technologies de pointe au service des architectes et des designers et à faire en sorte que ce matériau très technique s’immerge sans fracas dans l’habitat, apportant de nouvelles donnes. Ce n’est pas un hasard si l’architecte Didier Fuiza Faustino a demandé à Euro-Shelter de construire l’étonnant espace de projection nomade H-box pour Hermes, installé en 2007 dans le Centre Georges Pompidou et dont on garde la mémoire. A cette occasion,  Euro-Shelter a montré au monde de l’architecture et du design ses grandes capacités d’ouverture. D’autres designers de renom ont depuis recours au savoir-faire de cette Société très en prise sur les innovations du futur.

L’étagère Vacuum qui accompagne la table traduit la même volonté de recherche d’un jeu avec l’espace, intensifié par l’utilisation du porte à faux. A vrai dire, c’est un caractère de l’écriture japonaise qui a servi d’inspiration au designer. D’où cet effet de suspension des éléments dans le vide, tel le pinceau du calligraphe au-dessus de la page. Cette fois, le montage requiert une imbrication ingénieuse des pièces entre elles. Le matériau, le même que pour la table, répond avantageusement aux attentes. Rigidité et résistance mécanique des éléments porteurs assurent la fonctionnalité du meuble, tout en lui gardant ses lignes élancées.

 

A l’occasion des Designer’s Days, Artcurial présente ces deux modèles d’exception qui contribuent avantageusement à la recherche d’un luxe contemporain. 

 

Roseline Giusti-Wiedemann

Historienne du design

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 21:06

VINCENT  POUJARDIEU

                   LE GOûT DE L’AUDACE.

 

 

 

Bureau Graffiti bx06 PB1

 

On sait le monde du design dévolu par essence à l’innovation. Certains créateurs ont décidé d’en  reculer encore les limites, Vincent Poujardieu est de ceux-là.

Pour sa dernière collection de mobilier -inaugurée en 2007- c’est à un grapheur de renommée internationale, Blade, qu’il a demandé de mettre en signes et en couleurs ses nouvelles pièces.

En reconnaissant à l’art urbain des vertus qu’il juge profitables au design, V.Poujardieu vient casser un tabou. Faire voisiner les formes les plus populaires de l’expression murale et celles longuement raisonnées de la conception de meubles de bureau. Certes, de la surface plane d’un mur à celle d’un plan de travail, il n’y a qu’une question d’échelle. Mais voici que toute une culture urbaine, jugée subversive et jusqu’ici tenue à l’écart, vient désormais contaminer avec fougue le meuble de bureau. Le résultat : un mobilier « irruptif », plein de verve, gorgé de couleurs  (édités en série limitée, signée, numérotée) qui rencontre le succès. Une première pièce vient, en effet, de partir avantageusement dans une vente publique -section art contemporain- organisée à Artcurial à Paris.

Le designer a apporté dans la facture de cette collection le même soin qu’aux autres réalisations auxquelles il nous a habitués, bien servi par un réseau de fabricants avec lesquels il travaille directement. N’est-il pas dans le même temps en édition chez Protis, le très classique et exigeant éditeur français de mobilier de bureau ? 

S’il pratique l’inox, le verre, la céramique (plateau à fromage vendue chez Takashiyama, au Japon), c’est aux matériaux nouveaux que V. Poujardieu aime principalement recourir. La prochaine collection attendue pour 2009 fait appel aux technicités de pointe des entreprises d’Aquitaine, (la Sté Plastinov, pour la circonstance, avec ses bio-composites à base de chanvre). Car seuls les composites autorisent les spectaculaires porte à faux, récurrents dans son travail et dans lesquels V. Poujardieu excelle. Sur ces surfaces projetées dans le vide aux limites de l’extrême, un grapheur comme Blade viendra, une fois de plus, et pour une série de tête, limitée, numérotée, déposer les signes frénétiques de l’exaltation urbaine.

Ainsi, fort de » ces savoir-faire et de ces réseaux, V. Poujardieu pourrait-il bien ouvrir le monde du mobilier (bureau, table…)  à de nouveaux territoires où le trash,  le flashy et les bruits de la ville viendront très naturellement s’offrir comme une nouvelle cosmétique.

 

Roseline Giusti-Wiedemann.

Bordeaux, avril-mai 2008

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 20:23

Publié dans Le Festin n°67

 

Rêver l’habitat.

Créatrice au talent très personnel, Matali Crasset pose sur les codes et les usages convenus un regard décapant, proposant des façons neuves de vivre et d’habiter. À la configuration figée de nos maisons traditionnelles, elle oppose des espaces et des objets adaptés aux besoins de mobilité, d’expérimentation, de ressourcement et d’intimité de l’homme du XXIe siècle. Depuis son ingénieuse colonne d’hospitalité Quand Jim monte à Paris qui l’a fait connaître en 1995, jusqu’à l’aménagement de l’hôtel Hi à Nice en 2003 et de sa plage, inaugurée en juin dernier, Matali Crasset ne cesse de repenser les rituels quotidiens, de façon particulièrement pragmatique. Née en 1965, elle est formée à l’École nationale supérieure de création industrielle de Paris (ENSCI). Mise à l’étrier par le designer milanais Denis Santachiara, dont la façon de rendre poétique les nouvelles technologies la fascine, elle devient par la suite la collaboratrice avisée de Philippe Starck pendant cinq ans. Matali monte sa propre structure en 1998, suivie en 2002 d’une société de productions. L’entreprise, de taille modeste, souple et polyvalente est capable d’embrasser dans leur globalité des projets de tous ordres et de toutes échelles, une flexibilité qui est assurément son point fort. De nombreuses expositions personnelles dans les musées sont venues, de plus, consacrer son travail, lui donnant une audience internationale1.

Un ovni dans une médiathèque

En Aquitaine, les séjours de Matali lui ont permis de tisser des liens avec les principaux acteurs en matière de création et de design. Elle a animé des workshop et présenté son travail à l’École des Beaux-arts de Bordeaux, au CAPC (le musée d’art contemporain), puis récemment à la médiathèque de Blanquefort. Les villes de Nontron et de Monflanquin2 l’ont accueillie en résidence. Au tournant de 1999/2000, arc en rêve déployait dans ses murs la très ludique scénographie en plastique gonflable rouge qu’elle avait imaginée pour présenter les réalisations des jeunes designers lauréats du Comité Colbert. À la galerie bordelaise Arrêt sur l’image, en mai 2008, on a pu voir sa contribution à l’exposition collective «Plaques sensibles», autour d’un matériau très performant, le corian. Enfin, ses poufs Digitspace à la médiathèque de Billères (en 2003) et sa tente Ufo dressée dans celle de Blanquefort (en 2008) ont fait le bonheur du public. «Il fallait voir le plaisir des adolescents, BD sous le bras, à venir s’engouffrer dans cette architecture de bois et de toile», confie Joëlle Danies-Cailhaud, directrice de la médiathèque de Blanquefort où l’«ovni» a servi pour quelques jours d’espace de lecture et de rencontre. «L’usage est allé de soi, personne ne s’est posé de questions, pas même les adultes. J’avais déjà fait appel à Matali pour une exposition à la médiathèque de Billères, en 2003, et j’avais pu apprécier combien son mobilier modulaire Digitspace, en forme d’alphabet, renouvelait les habitudes de lire.» Chaque fois, la justesse de ses propositions séduit. Et l’on apprécie la formule consistant à mettre à disposition du plus grand nombre, le temps d’une exposition, des pièces uniques ou de petites séries, que pour des raisons de coût, les institutions ne peuvent pas toujours acquérir. L’installation dans la cour de la Mairie de Bordeaux d’une monumentale mais non moins fluide Maison Saule pleureur3 a permis là encore à un large public de se familiariser avec les modes de conception de Matali Crasset. Proposant une transition subtile entre l’espace intérieur et l’espace extérieur, cet arbre protecteur se veut à la fois un filtre sonore amenuisant les bruits environnants, un filtre visuel délivrant du dedans une image diffuse de la ville et un filtre sensoriel permettant de nous déconnecter de la réalité. Cette Maison Saule pleureur fait également état des préoccupations écologiques, une constante de son travail : les lanières en bioplastique qui en constituent les «branches» sont fabriquées à base de pommes de terre féculières biodégradables…

Formes et plates-formes

C’est certainement dans sa conception d’espaces que la démarche de Matali Crasset est la plus spectaculaire. Dépouillés, les lieux qu’elle façonne évoquent à la fois l’instauration originaire de la maison nomade, réduite à un toit, et celle de la maison sédentaire, ancrée dans le sol. Côté nomadisme, toute son oeuvre est jalonnée de constructions pour l’extérieur comme pour l’intérieur, déclinées en cabane, plate-forme, belvédère, hutte, nacelle… Ces architectures légères, éphémères ou pas, constituent des zones intimes dans le territoire plus grand où elles sont installées. Côté délimitation dans le continuum de l’espace, elle crée des lieux différenciés mais non cloisonnés : yourte d’intérieur (Pop up space), tapis de feutre qui par un jeu de découpe se transforme en tente (Oritapi), matelas enroulable (Quand Jim monte à Paris). Quant aux objets, ils procèdent de la même logique. Au motif que «la forme est une plateforme »4, Matali met en oeuvre des expérimentations sensorielles larges, conviviales et ludiques. Ainsi la gamme de luminaires Splight (2005) met plus l’accent sur le fonctionnement de la lampe et sa diffusion de l’énergie que sur l’enveloppe formelle, que la designer récuse. Ailleurs ce sont les usages bourgeois qui en prennent un coup. Pour le boudoir parisien d’Hélène Darroze, Matali a conçu un plateau où un assortiment d’amuse-gueule raffiné permet de goûter à même les doigts textures et saveurs inédites. Les quatre pièces du service de table Link du Hi hôtel, conçues comme des formes génériques ouvertes, permutent allègrement leurs fonctions : le bol peut servir de tasse, la tasse à thé de bol à soupe, etc. Et plutôt que des canapés, symboles d’un confort suranné, elle dessine pour la zone du bar de ce même hôtel, une nacelle abritant une banquette en ruban propice aux échanges. Avec neuf concepts de chambre différents, le client peut effectuer autant de séjours qu’il le souhaite, tant au niveau des équipements, inhabituels, des espaces, fluides et conviviaux, que de la restauration en libreservice sollicitant la créativité de chacun...

Tricoter des réseaux

Les succès de Matali n’ont pas altéré sa simplicité et l’attention qu’elle porte aux autres. Ses partenaires de travail apprécient, outre le côté novateur de ses propositions, sa générosité d’écoute, sa faculté d’adaptation, sa capacité à transmettre. À Monflanquin, le projet Supercônique s’est fait en collaboration avec la fabrique locale d’abat-jour Diffujour qui jusque là n’avait jamais songé au design, rappelle Denis Driffort, directeur de Pollen. À Nontron, Matali a su fédérer un grand nombre d’artisans locaux autour d’un projet commun, avec à la clé la réalisation de l’ensemble du mobilier du Pôle des Métiers d’art : bureau, fauteuil, espace de consultation, bar 5. Réaliste, mais confiante dans le monde nouveau qui se met en place, elle s’attache à repérer ça et là les énergies positives qui, selon son expression, «tricotent des choses communes» pour faire émerger une autre humanité. Une voie prometteuse à côté d’un design, par trop médiatisé, qui s’essouffle au seul renouvellement des formes.

 

Notes 1. Le Mudac de Lausanne, le Grand Hornu en Belgique, le Victoria & Albert Museum à Londres, le Cooper National Museum of design à New-York, le s’Hertogenbosch aux Pays-Bas. 2. En 2001, avec le Pôle expérimental des métiers d’art, en 2004, avec l’association Pollen, résidences d’artistes. 3. Visible au printemps dernier lors de la seconde édition d’Agora, cette Maison était une commande d’arc en rêve dans le cadre des Jardins d’architecture contemporains. 4. Entretien avec Matali Crasset, in Design et imitation, Pais, ed. des Industries françaises de l’ameublement, 2006. 5. Sur cette résidence voir Le Festin, n°37, hiver 2001, et le n°65, printemps 2008. l’invité Actualités www.matalicrasset.com blog.matalicrasset.com QÀ voir • Matali Crasset, éditions Pyramid, 2003. NÀ lire Les créations de Matali Crasset sont diffusées au Lieu commun 5, rue des Filles du Calvaire 75 003 Paris T. 01 44 54 08 30 www.lieucommun.fr

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 18:45

A table

 

Pionnière, la nouvelle cuisine avait introduit saveurs et couleurs inhabituelles revivifiant les pratiques de table. Les designers cherchent aujourd'hui à communiquer le plus d'informations sensorielles possibles à travers leurs objets. La vue, l'odorat mais aussi l'ouïe et le toucher.(1)

 

(1) A ce propos on peut consulter l'ouvrage de Constance Rubini, "A table, les cinq sens convoqués autour de la table : vaisselle et couverts de François Bauchet" édition Grégoire Gardette, Nice, 2001.

 

 

CHAUD FROID sur le blanc.

 

Un texte indien du X ième siècle av. JC. (1)  raconte qu'un mont, sous l'action de démons facétieux, se mit à tourner sur lui-même comme une baratte céleste au milieu d'un océan de lait. Les objets pour la table que proposent les designers DEVEZAUD et POUJARDIEU semblent issus de ce barattage céleste, tellement leurs pièces rivalisent de blancs –lisses ou onctueux, sourds ou éclatants- selon qu'elles sont émaillées ou pas,  et de pureté dans les galbes.

Tellement leurs pièces aux galbes purs rivalisent de blancs –lisses, onctueux, sourds ou éclatants.

 

*Plateau à fromage  "recto-verso" de Vincent POUJARDIEU.

fabriqué par les porcelaines Faye à Limoges, distribué par la Sté Spirit, Bordeaux.

D'une extrême sobriété de ligne, la texture –un biscuit neigeux et compact- est imperméable et donc d'une hygiène parfaite. Le designer travaille le matériau au plus près de la forme, refusant tout artifice. Au blanc brillant qu'il juge trop glacé, il préfère le mat, très tactile, qui révèle chaque détail. La base du plateau est évidée de part et d'autre par une encoche qui permet une bonne préhension. Conçu à l'origine comme plateau à fromages, "recto-verso" peut aussi servir à présenter amuse-gueule, sushi ou gâteau.

Quant au couteau à fromage, il a été étudié pour offrir une stabilité maximum :  le manche de section carrée parfaitement plane ne risque pas de glisser pendant le service.

 

La gamme, déclinée également en gris très doux ou noir, comprend aussi des coquetiers pouvant servir de cendriers.

 

* Vaisselle pour restaurants de Philippe DEVEZAUD : révéler la nourriture.

(projet pour la firme BERNARDAUD)

Le designer part du principe que bol, assiette ou plat sont incomplets sans le plat cuisiné ou le consommé qu'ils doivent contenir. Il imagine alors les récipients culinaires comme "révélateurs" des aliments. Pour lors, formes et couleurs jouent la simplification à outrance. Quelques pièces cependant osent le vert anis, presque fluo,  pour exalter le monochrome blanc de l'ensemble. Tous les sens sont convoqués, dans un système global  qui suscite, entretient et prolonge  perceptions visuelles, tactiles, …et sensations gustatives.

Des outils bien pensés, en résonance avec le corps et l'environnement qui l'entoure….comme en Orient, où le temps du repas est aussi création.

 

Conçue pour l'usage intensif de la restauration, la collection comprend :   assiettes creuses et plates, grande assiette-plateau, , plat allongé, bol, tasse à café, coupelles. Raffinement : bol et tasse à café ont un fond épais pour conserver la chaleur.

 

 

(1) D'après Le BHAGAVATA, Inde, c. X ème siècle avant JC in  CORDE- CORTEZ  Martine, MERCIER  Catherine- Jeanne, Aux commencements du monde, Paris, Seuil, 2001

 

 

             "Quand je tiens dans le creux de la main un bol de bouillon, il n'est rien de plus

              agréable que la sensation de pesanteur liquide de vivante tiédeur qu"éprouve ma

               paume". TANIZAKI JUNICHIRô, Eloge de l'ombre, Paris, Publications orientalistes

               de France, 1988, p.44.

 

Anne XIRADAKIS.

BOLS , le détail minuscule.

Blancs, brillants  les bols d'Anne XIRADAKIS. Leur particularité ?  D'être tous différents et pourtant sortis du même moule. La technique dite de la série différenciée, mise au point, entre autres, dans les années 80 par l'Italien Gaetano PESCE pour des sièges, a ouvert des voies nouvelles pour le design. Ainsi la forme –voire la déformation- aléatoire pour chaque objet n'est-elle plus incompatible avec une logique de la mesure et de l'utilité.

A l'aide des techniciens du CRAFT de Limoges, la jeune créatrice a façonné des formes délicates et tactiles qui renouent avec la tradition artisanale du potier. Certaines en porcelaine blanche et argent ont un effet satiné; d'autres, parcourues par une bande spiralée non émaillée, révèlent un motif léger perceptible au toucher.

Anne XIRADAKIS a fait plusieurs voyages au Japon. Aussi, ces objets s'inscrivent-ils dans une culture toute japonaise où l'imperfection est érigée en esthétique. L'orientaliste Jacques BERQUE  relate, en effet, dans ses écrits qu'on "imagina de déformer légèrement les bols à peine tournés, pour leur conférer l'incomplétude chère à l'esthétique nippone".

( In Le sauvage et l'artifice, les Japonais devant la nature, Paris, Gallimard, 1986, p.199). L'hétérogène, le défaut deviennent élément dynamique et permettent d'intégrer le vivant dans son entier.

 

* NAPPE à géométrie variable  d'Anne XIRIDAKIS  .

Une nappe pour quatre personnes possède en son centre une série de plis élastiques qui permettent de l'étirer selon le nombre de couverts (jusqu'à huit personnes). Les extrémités élastiques de la nappe se glissent aux quatre coins de la table pour la retenir en tension.

 

 

 

TRANSPARENCE.

COUVERTS A SALADE et CUILLER en verre soufflé par Diane CASTEJA

 Sous l'apparente fragilité du verre, -inhabituel pour l'usage-, la main frémit quelque peu. Mais le matériau, si gracile,  rend précis et léger le geste, et sensuel le rapport à l'outil.

Le jeune plant de salade, délicatement prélevé,  craque sous la dent et garde la fraîcheur matinale du potager où il vient d'être cueilli.

CUILLER  La cuiller à confiture –dans le même matériau-, appelle des gelées translucides et glacées fondant sur la pointe de la langue.

S'ouvrent des paysages d'enfance ou des livres de contes. Alice n'est pas loin.

 

**VERRES NOMADES ET TOILES BAYADERES

Les verres sont de sortie. Certains batifolent et s'encanaillent autour d'un pastis ou d'une orangeade  s'assurant le secours d'une coupe charnue et robuste, parée à toute incartade.

Pour le pique-nique glamour, genre Glyndebourne (1) :  le double verre Brigitte de BOREK SIPEK, -récit et air à la fois- comme dans le récitatif arioso. La corolle en relief à l'intersection des coupes retient les doigts et leur donne ce léger vibrato qui décuple le plaisir.

 

Emotion pure avec les verres de Diane CASTEJA . Les tiges flexibles et articulées,  se courbent , se penchent, …dansent. "chassé, déchassé, balancé, volte et dérobée" comme le dirait  M. ONFRAY.    

 

En contre-point, le seau à champagne branché de Didier GARRIGOS, jouant de sa texture en plastique transparent, ravit au cristal un peu de sa somptuosité.

 

                   "Et pour le dire sur le mode ironique, il me semble que la preuve du monde, c'est

                      le champagne dont les bulles sont des comètes qui traversent l'espace, des

                       étoiles qui flambent dans le cosmos, des forces qui strient sur le mode lumineux

                         les ciels contenus dans les coupes de verre". (Michel ONFRAY, La  raison

                         gourmande, philosophie du goût, Paris, Grasset, 1995, p. 27)

 

Les carafes se plient à tous les usages. En verre transparent ou coloré, en faïence, en argent…

"Spoutnick", en verre clair ou satiné,  de V. POUJARDIEU surprend. Stabilité garantie en dépit de sa forme "culbuto", tronquée à la base. Simple la carafe de J. BERNAR. Voluptueuse et  ensoleillée, celle de  Garouste et Bonetti  pour Pernot. Racée, en argent massif, celle de R. DARASPE dont un exemplaire a été acquis par le musée de la faïence et des arts de la table de Samadet.

 

** "Arc-en-ciel", nappes et sets de table bayadères d'HILTON Mac CONINCO.

Hilton Mac CONINCO revigore la traditionnelle nappe basque. Un fin trait noir cavalcade le long des bandes multicolores, révélant la sonorité et  l'éclat des couleurs qu'il peut décliner jusqu'à 42 tons différents. L'âme voyageuse de cet Américain installé à Paris, créateur côté (Hermès), prolixe et polyvalent (les décors de Diva et La lune dans le caniveau, c'était lui) y déverse toutes les générosités des mondes lointains. Bayadères, n'est-ce pas aussi le nom des danseuses sacrées hindous ?

 

 

 

(1) GLYNDEBOURNE = manoir anglais (Sussex) où, depuis 1934, se déroule un festival de musique fameux consacré à l'opéra.

 

 

 

 

 

BOITES

                  

**BOITE "Lundi" de Vincent BECHEAU et Marie-Laure BOURGEOIS.

(Collection Itebos, édition :Craft  / Artcodif (1) /  Manufacture de la Reine).

 

De forme conique légèrement aplatie, cette petite boîte a fait l'objet d'une commande du CRAFT de Limoges. Une attention particulière a été portée au couvercle qui, basculé, facilite la préhension et dicte à la main un geste mesuré, non point empreint d'une certaine solennité. V. BECHEAU et M;-L. BOURGEOIS attachent de l'importance à la manière dont on prend les choses.

Certes la boîte s'inscrit dans la tradition des boîtes à pilules du 18ième siècle, mais on y logera avec délice, sel, épices ou autre condiment, comme au temps de leur rareté. "Si le sel s'affadit…"

 

(1) ARTCODIF = émanation de l'Union centrale des arts décoratifs (UCAD), la société Artcodif édite les créations d'artistes contemporains et assure la réédition d'objets issus du patrimoine des musées.

 

 

 

THE, CAFE, CHOCOLAT.

             

               "Là où ils se boivent apparaissent toujours en filigrane, le désir jubilatoire "d'être

                plus", d'exister au-delà des limites…de connaître un surcroît de vigilance, un

                surplus d'énergie, un supplément de forces et de lucidité".

                Michel ONFRAY, La  raison gourmande, philosophie du goût, Paris, Grasset, 1995

                p. 151

 

*BOITES A THE de Roland DARASPE.

 

En argent massif, les boîtes à thé inaugurent pour l'orfèvre,  une nouvelle façon de travailler : la ciselure. La peau de ses pièces a été longtemps lisse, la voici aujourd'hui sillonnée de traits entrecroisés et gravés en creux. Cette technique de guillochure donne un relief et un chatoiement particulier aux surfaces. Les tons sont en camaïeu, par effet d'oxydation –liseré du couvercle et base, plus foncés- ou par la simple incidence de la lumière sur l'argent massif.

Pour la préhension, confortable, une poignée haute et inclinée, en forme de queue; de pomme ou de poivron, comme on voudra !

 

 

*CAFETIERE De Roland DARASPE.

Elle évoque la théière "Aladin", qu'on peut voir au Musée des Arts décoratifs de Bordeaux, même effet de lignes amples et sinueuses pour fête des mille et une nuit.

     Café à servir dans les tasses  de Ph. DAVEZAUD…

 

 

*SERVICE A CHOCOLAT d'Anne XIRADAKIS, corsé et pratique.

 

Anne XIRADAKIS ausculte des formes du 18ième siècle et en retient quelques principe de fonctionnalité.  Par exemple, la poignée évidée qui évite qu'on se brûle, le dispositif de la tasse trembleuse où la soucoupe, très profonde, permet de ne pas renverser la tasse, le moussoir qui prolonge le plaisir de dégustation en rendant le chocolat plus onctueux. L'outil lui paraît si indispensable qu'elle en a prévu pour chaque convive.

Plutôt que de multiplier les pièces, la créatrice a réfléchi à la polyvalence de celles-ci. Economie de moyens. La sous-tasse peut servir à présenter sucre ou petits gâteaux et à recueillir le moussoir, après utilisation,  pour éviter de tâcher la nappe. Avec son bec verseur, le gobelet peut être utilisé pour la crème et le lait.

Plus on le réchauffe, plus le chocolat est sirupeux; la base des gobelets et de la verseuse peut être alimentée en chaleur par une bougie prise dans un socle, amovible, dont la forme est dans le prolongement des ustensiles.

La couleur aussi est corsée. Vert pistache à l'intérieur, brun foncé à l'intérieur…comme la graine de cacao.

 

 

SERVIR DEMESUREMENT.

 

*Jeu n°3,  coupe-colonne  de V. BECHEAU  et M.-L. BOURGEOIS

Dans les années 80, l'Italien Ettore SOTTSASS avait brandi à la face du monde du design une coupe surdimensionnée, qui avait surpris.  Si son nom, Murmansk, évoquait l'aventure sur la mer de Barents, l'objet s'inspirait en fait d'un tabouret zaïrois.

C'est un véritable élément d'architecture que propose, cette fois, Vincent. BECHEAU et Marie-Laure BOURGEOIS avec cette très inhabituelle coupe à fruits ou à légumes.

Sur une colonne, modulable selon la hauteur du plafond de la pièce (de 2,50 à 4,50 m),  sont fixées des coupelles en porcelaine, émaillée à l'extérieur de couleurs vives. Chacune d'elles se positionne à la hauteur voulue. Les créateurs se plaisent à marier le précieux bois de padouk à la porcelaine plus commune; et si fruits et légumes constituent un élément de décor à part entière,  c'est par volonté délibérée d'un nouvel art de vivre. Donner du sens aux choses quotidiennes, encore et encore..

 

*Nappe Numbers., La Villa Cigale.

La nappe déploie une suite infinie de chiffres géants qui, enlacés ou accolés les uns aux autres,  se dédoublent et forment motifs. C'est si ludique qu'on est pris de l'envie de caracoler sur le dos d'un deux  ou de se laisser glisser sur la hampe d'un six.

Création "La Villa Cigale", éditée par la Sté MOUTET à Orthez.  Derrière la signature au nom méridional, se cache un styliste rochellais, originaire des Pyrénées atlantiques.

 

*Soppiatto de Jean de Giacinto, architecte et designer, vit et travaille à Bordeaux.

quand l'architecte raisonne en designer, il pense encore monumental.  Sa nouvelle ligne d'objets domestiques –de fins supports carrés aux dimensions généreuses, -1,80 m x 1,80 m, évoque les traditionnelles lauzes ou pierres plates utilisées pour couvrir les bâtiments. Le matériau lui, est actuel : résine et fibre de verre. Donc léger. En inclusion entre deux plaques translucides, toutes sortes de matières minérales, végétales  ou encore comestibles : farine, haricot blancs, écorce de citron vert, anis étoilé…Une révolution dans les typologies de dessous  de plat et de vase. Ludique et ornementale, chaque pièce est unique, numérotée et signée du créateur.

 

 

Roseline Giusti- Wiedemann

Professeur associé, Bordeaux III.

 

Paru dans Le Festin, n°43, septembre 2002

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 18:41

ORGANIQUES ET SENSUELLES, DES COUPES AU JARDIN

 

Coupes monumentales que nul  bord ne vient clore, les dernières créations de Vincent Bécheau  et Marie-Laure Bourgeois,designers installés en Dordogne, évoquent au premier abord les exquises épures de Mies van der Rohe pour ses projets de chaises longues ou  quelques belles pièces scandinaves en bois blond ,ou encore ces sièges à bascule dits "dondolo", terme italien à la sonorité si mimétique.

En fait, les premières formes jaillies du crayon  sont issues de l'observation des postures du corps en mouvement , de la danse. Puis c'est la technique même de fabrication qui a guidé le geste. Geste qui n'a pas modelé mais plié en courbes et contre-courbes une glaise épaisse, passée au laminoir, et livrée en ruban continu  – celui-là même qu'on coupe pour faire des tuiles ou des carreaux. 

Ce geste artisanal dans un système de production industrielle, a été facilité par le mode de travail de l'entreprise où ces oeuvres ont été réalisées, la société périgourdine Art et Sol (1) qui a pour louable habitude d'ouvrir au créateurs ses infrastructures.

Supports plus que récipients,  ces formes en torsion –tel un siège de F. Gehry- bousculent les usages en vigueur dans les arts de la table et cassent l'éternelle dialectique entre le contenant et le contenu, le dedans et le dehors.

L'ensemble de la série –une vingtaine de pièces- constitue un alphabet inédit qui fonctionne comme une installation .

Au jardin comme à l'intérieur.

 

Roseline Giusti

Paru dans Le Festin

 

(1) Art et Sol est aussi fournisseur des Monuments historiques.

Route de Mussidan 24130 Le Fleix tel : 05 53 24 93 55

 

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 18:37

VINCENT BECHEAU, MARIE-LAURE BOURGEOIS, designers.


Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois, designers, sont installés à Saint-Géraut de Corps, en Dordogne. Depuis 1982, ils conçoivent des objets, du mobilier urbain et aménagent des espaces publics. Lauréats  de nombreux concours, ils développent également une recherche personnelle, portant matériaux et techniques dans des domaines inexplorés.

Si leurs partenaires sont nationaux et internationaux, ils ne renient pas leur appartenance au terroir. Ils viennent de réaliser, à MONTPON-MENESTEROL, une "exposition de proximité" –rétrospective de près de quinze ans de travail-/ pour se faire mieux connaître des habitants de leur commune et des villages avoisinants.

 

"LOUISES" VIRTUELLES

Au salon du meuble, à Paris, en janvier dernier (1),  Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois ont présenté deux de leurs dernières productions : un semainier et une chaise dont les motifs décoratifs ont été fixés par impression numérique.

Le procédé est d'actualité, l'effet surprenant.

Une commode à perruques et un cabriolet Louis XV, appartenant aux collections du Musée des Arts Décoratifs de Bordeaux, ont servi de point de départ. Sur des structures contemporaines, -dites "Louises"-, reprenant le gabarit des meubles XVIII ième, mais épuré, l'image des originaux a été reportée, à partir d'une photographie.  Le semainier a été imprimé sur toutes ses faces, le siège, au recto et au verso de son dossier. Les éléments du décor ont été retravaillés en aplats et remis d'équerre. Pour le fauteuil, ils se sont même enrichis de quelques détails, absents de la tapisserie d'origine. Des scènes érotiques, en effet,  sont disséminées, ça et là, de façon discrète,  pour le plus grand bonheur de l'amateur attentif.

Ces pièces constituent l'aboutissement d'une recherche engagée, de 1994 à 1997, avec la série Ozone. Le procédé consistait à exposer à un rayonnement lumineux intense, les parois d'un meuble, préalablement recouvertes de caches formant motif. Sous l'effet des UV, le bois fonçait prématurément, révélant les figures en réserve. Mais les décors s'altéraient rapidement

à l'air. Pour garder la trace du temps et de la mémoire, la technique numérique (2) s'avère aujourd'hui plus fiable.

Du mobilier de style, ils gardent l'esprit,  remodèlent la forme,  pervertissent l'image. Personne n'est dupe. Certes l'emprunt est avoué, la référence précise, mais la transposition est sans ambiguïté. Ce qui leur importe, c'est l'insertion du meuble d'aujourd'hui dans la continuité historique, dans une généalogie.  Ils récusent toute démarche de rupture et se moquent, à  l'évidence, de ne pouvoir briller au panthéon des avant-gardistes,  Pour eux, l'ornement n'a jamais été un crime et leur modernité, en travaillant des formes que d'aucuns taxeraient d'has been, se situe au-delà des modèles convenus, quitte à provoquer un peu.

 

SAVOIR-FAIRE CONTRE INNOVATION

Dans le cadre du projet "Design en Lorraine", actuellement en cours (3),  V. Bécheau et M.-L. Bourgeois viennent de concevoir un nouveau modèle de chaise destinée à l'hôtellerie. L'entreprise Delaroux s'est laissée convaincre par leur proposition : un système de dossier -en forme de médaillon- et d'assise interchangeable, dispositif novateur qui bouscule un peu les pratiques ancestrales de la firme.

 

(1) dans le cadre d'un appel permanent du VIA (Valorisation pour l'innovation dans  l'ameublement, Paris)  qui a financé les  prototypes, à des fins d'exposition en France et à l'étranger. 

(2) Atelier numérique SAM, à Bordeaux.

(3) également à l'initiative du VIA, le projet consistait à mettre en relation designers et fabricants de meubles lorrains.

 

 

Dans leur relation professionnelle,  les designers multiplient les contacts avec les fabricants, et envisagent la collaboration sur le mode de l'échange. "Nous leur apportons un regard plus

"contemporain", nous bénéficions, en retour, de leur maîtrise technique séculaire. Il y a quinze ans, on n'aurait pas apprécié à sa juste valeur les savoirs-faire de ces entreprises et on n' aurait pas su les conjuguer à notre désir de faire évoluer les formes" dit Vincent Bécheau.

 

PROSPECTIVE.

La réponse aux commandes n'oblitère pas le travail d'expérimentation, nourriture secrète indispensable. Ainsi, M.-L. Bourgeois se livre-t-elle à un véritable "élevage" de matières diverses, attentive à leurs performances, mais surtout à leur vieillissement. On peut voir dans leur atelier des objets "mutants" associant par exemple de vrais cheveux et des matériaux plastiques, des formes travaillées à la colle néoprène, proche de la texture d'un boyau organique, gommant à l'œil toute limite entre naturel et artificiel.

Ils engrangent ces expériences, sachant qu'il est trop tôt pour leur donner une application immédiate.

L'occasion se présente parfois de donner corps à l'une ou l'autre de ces recherches. Ainsi, Nestor Perkal, directeur du Centre de recherche sur les arts du feu et de la terre (Craft), à Limoges, vient-il de les solliciter. La réponse est originale : faire sortir la porcelaine de l'art de la table, la délivrer de ses fonctions domestiques serviles (bidet, radiateur, douilles électriques…) et restaurer son image.

Parmi les trois projets retenus, -deux meubles de rangement et un mât avec coupelles-, la pièce "Jeu n°1" est techniquement la  plus audacieuse. Des barres de bois de padouk sont juxtaposées, à part égale,  à des lames de porcelaine extrudées, dans un jeu de rayures en alternance, formant structure autant que décor. A son faîte, le plateau, amovible, est si parfaitement ajusté au corps du meuble qu'il n'y paraît pas au premier regard. (La version Jeu n°2  propose une coupe-vase également détachable). Enfin, pratique coutumière chez ces artistes ( meubles de la série Ozone, semainier Louise), les parois intérieures stratifiées, révèlent secrètement un jaune vif bruissant.

 

Raffiné, ménageant surprises et découvertes, le travail de V. Bécheau et M.-L. Bourgeois se dévoile toujours de façon discrète et mesurée, comblant l'usager,  pour peu qu'il entre dans cette "initiation".

Un dernier exemple :  les extraits de poèmes en braille, "cloutés" aux flancs de certains sièges de la médiathèque de Pessac.

 

Roseline Giusti

Paru dans Le Festin

 

 

 

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 18:34

JARDINS D'ECOLE


"Sur notre enfance pèse l'infinie laideur des salles d'école", écrivait le designer belge Henry Van de Velde, au début du XXème siècle. Si aujourd'hui la plupart des bâtiments scolaires ont fait peau neuve, les espaces de récréation ressemblent encore trop à des cours de caserne. Les adolescents vivent mal cet anonymat. La récré, c'est le temps des échanges par petits groupes, des retrouvailles pour les nouvelles du jour ou quelques persiflages.

 

Aussi le designer Nestor Perkal a-t-il dessiné pour ces no man's lands ingrats des cabanes en bois de châtaignier,  suffisamment closes pour donne un sentiment d'intimité, mais pas trop fermées tout de même pour ne pas gêner la suveillance. Des bancs de granit y sont ménagés et permettent de s'y asseoir à plusieurs dans différentes positions. La structure métallique est recouverte d'éléments de palissade en bois brut, fixés de manière aléatoire…de vraies cabanes. On peut même, sur certaines parois, faire des graffiti en toute licence.  Succès. L'appropriation par les adolescents est immédiate et les enseignants sont séduits.

 

Le projet est né de la demande de la Chambre des Métiers du Limousin : une étude sur le mobilier de jardin valorisant matériaux et savoir-faire régionaux.. Cible proposée par N. Perkal  : l'école, où les besoins lui paraissent urgents. L'enquête réalisée auprès des collégiens et lycéens et l'auscultation de leurs pratiques spécifiques lui ont donné raison.

 

Nestor Perkal, designer international reconnu et directeur, entre autres, du CRAFT (centre des arts du feu et de la terre) à Limoges, a toujours été fasciné par l'habitacle. Jeune architecte, en Argentine, n'avait-il pas déjà construit son atelier sur la terrasse de la maison de ses parents ? Premier abri, vraiment à lui, par lequel il renouait avec une pratique ancestrale : la cabane primitive.

 

Récurrente chez presque tous les peuples de tous les temps, l'utilisation de cette construction dépasse, selon  l'historien J.Ryckwert (1),  les seuls besoins d'usage : "Si je dois doter Adam d'une maison en paradis, c'est moins  pour échapper aux intempéries, dit-il, que pour  créer un volume qu'il puisse interpréter en fonction de son propre corps…."

 

Au-delà d'un lieu de rencontre, c'est bien ce qu'offre aux adolescents  N. Perkal, un espace

aux saveurs d'éternité qu'on s'approprie, comme le dit  Ryckwert, "pour tenter de régénérer les faits et gestes quotidiens".

 

Plusieurs cabanes ont déjà vu le jour dans des établissements scolaires; l'une d'elle va être installée au centre de design du Grand Hornu en Belgique.

 

R. Giusti.

 

(1) J. Ryckwert, La maison d'Adam au paradis, Seuil, 1976.

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Le blog de Roseline Giusti - dans Articles designers
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