Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 08:16

Aline Ribière ou la traversée du textile

Vêtures, dévêtures 3.

 

L'histoire des œuvres d'art est aussi celle de leurs accrochages successifs. La rétrospective des créations d'Aline Ribière au Château de Pau fournit l'occasion d'une nouvelle lecture des principales pièces de la plasticienne bordelaise. Singularité d'un parcours autobiographique de près de trente ans, où de déroutants matériaux font œuvre de poésie pure, où de lents rituels initient à d'indicibles traversées.

 L'artiste travaille sur la peau et l'enveloppement du corps selon des agencements multiples, souvent duels et inverses : édification d'organiques carapaces, d'une émouvante fragilité ou au contraire troublantes éventrations; figuration faussement naïve des parties sexuées sur la matière textile ou épousailles du corps au plus près de sa forme, recourrant à un écrasement radical du tissu; construction-déconstruction de carrés de lin dans un réversible passage du plat au volume; ordre-désordre; envers-endroit…

Une réflexion sur le temps est aussi engagée. Incorruptible comptabilité des jours, systématiquement notée, avec la chasuble aux vingt-sept voiles, endossé chacun, matin après matin; exploration du flétrissement avec l'utilisation de triviales épluchures de pomme de terre, édifiées en corps de robe ou apprivoisement de la mort lors de rites de passage dans de somptueuses chrysalides.

 Les robes d'algues (Mues) créées au Domaine d'Abbadia, à Hendaye, - l'artiste y était en résidence  en 2002 -, et montrées en suivant au Carré Bonnat à Bayonne; la robe du Japon, dévoilée, entre autres, à Berne en 2003, les robes dermographiées –"tirées" sur les presses  à gravure de la Maison des Arts d’Evreux, 2003 ; la robe en dentelle d’épices de Byblos, -dernière-née lors d’une résidence en juin 2004-, aux côtés d’enveloppes corporelles plus anciennes comme les Carrés blancs, (1987), trouvent ici un cadre privilégié de dialogue.

Marc Guiraud, biographe de l’artiste, soulignait récemment dans un texte écrit à l’issue de l’exposition du Liban, combien le site archéologique avait finement révélé certaines pièces. La confrontation avec un lieu fameux de l’histoire française ne manquera pas de livrer certains aspects de l’œuvre, inédits.

                                                      Roseline Giusti-Wiedemann, Université de Bordeaux3

 

                                                      Commissaire de l’exposition.Pau,  2004

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article
19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 15:43
Bagnères-de-Bigorre et sa région
Publié le 19/04/2011 09:20 | Roseline Giusti

Yeulmaus un art tonique

exposition

Yeulmaus devant ses œuvres, à l'atelier MG./Photo R. G.
Yeulmaus devant ses œuvres, à l'atelier MG./Photo R. G.
Yeulmaus devant ses œuvres, à l'atelier MG./Photo R. G.

Il y a un an, Yeulmaus présentait, dans le cadre du collectif Le Figure, des œuvres sérigraphiques essentiellement en noir et blanc. L'atelier MG l'accueille à nouveau avec une exposition personnelle, cette fois. Une vingtaine de pièces récentes reflètent ses dernières recherches. L'évolution est spectaculaire. Car c'est un tout autre registre qu'il nous dévoile. L'iconographie quitte le monde animal pour faire apparaître, cette fois, des humanoïdes qui revêtent pour la plupart des masques, à moins qu'ils ne soient carrément des robots. Les masques nous tirent vers des civilisations anciennes, mythiques (Atlantide) ou réelles : Océanie (île de Pâques), Afrique, etc., où les pratiques du vaudou, entre autres, envoûtantes, fascinent. Robots ou même masques à gaz convoquent un futur post-humain. C'est la croisée de ces deux types d'humanité qui intéresse Yeulmaus. Certes, il s'agit de mutants mais le futur qu'ils annoncent n'a rien d'inquiétant. L'agonie nécessaire du vieux monde débouche sur un éveil tonique plein d'avenir.

Sur le plan technique, ces nouveaux modes entraînent des changements. Les formats sont agrandis, les supports ne sont plus uniquement de papier, mais aussi des planches de contreplaqué. Les surfaces très matiéristes laissent croire à des collages, non sans rappeler les collages Dada et punk. Or, il n'en est rien.

Tout est fait au pochoir. Pas de pinceau, seuls Scotch® et rouleau de peintre en bâtiment et bombe aérosol servent une facture qui se veut assez brute, volontairement proche des techniques industrielles. Des craies grasses sont les seules concessions aux modes de peinture plus académiques. Les couleurs, elles, sont le plus souvent fortes, voire stridentes.

Roseline Giusti.

 

Atelier MG, 3, rue Frédéric-Soutras, jusqu'au 25 avril, de 15 heures à 19 heures Infos au 05.62.90.11.91.

www.ateliermg.com

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article
12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 22:32

Yeulmaus (Mayeul Irlinger)

 
Né en 1980 en Haute Provence, vit dans le Tarn, près d’Albi.

Pratique le dessin et la musique depuis l’enfance.

Les personnages qui prennent vie sous le trait dansant de Yeulmaus, racontent des histoires énigmatiques dont le code est à chercher dans sa propre existence.

Ses figures en mouvement, tracées par un cerne unique à l’encre de chine, sont en majorité autant d’autoportraits saisis à différentes périodes de sa jeunesse.  Réminiscence du temps de l’enfance en Provence, où il faisait surgir sur le papier un univers mythique qui peuplait son imaginaire. Evocation de l’Inde du sud (Pondichéry) où il a vécu cinq années, au contact de philosophies et d’iconographies nouvelles, sensible aux expressions spirituelles fortes de ce pays comme à l’art populaire du Tamil Nadu ou à l’art tribal d’autres provinces. Une imprégnation dont il ne se départira jamais.

Aujourd’hui, c’est en urbain qu’il arpente le trait, prenant aux villes leur vitalité et leur énergie continues, dans la lignée des graffeurs et du street art.

Néanmoins, la méthode graphique demeure exigeante : produire, après concentration, le trait unique le plus parfait possible, selon les Propos sur la peinture du moine chinois du XVIIème siècle,  Shitao, dit aussi « citrouille amère ». Ainsi, « le pinceau ira jusqu’à la racine des choses ».

Entre BD underground américaine et japonaise, peinture nippone traditionnelle de l’Ukio-e, (Hokusaï, Hiroshige) et calligraphie chinoise, l’œuvre de Yeulmaus reste traversée d’influences diverses, issues de cultures croisées.

Diffusant ses dessins sur le réseau informatique, il cherche à se confronter à un public aussi large qu’inconnu. Toutefois, un certain nombre d’internautes, juges et critiques attentifs, l’ont déjà conforté dans son talent.

Roseline Wiedemann.

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article
19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 20:06

Les derniers travaux de Milène sont directement inspirés des textiles indiens, aux motifs complexes et aux tons si enjoués. Les peintures s’offrent dans un espace dynamique, mis en mouvement par les signes qui l’occupent. Craies grasses et pigments construisent les rythmes de la ligne, l’accélération du tracé. Puis vient la lenteur des phases nourricières où l’artiste imbibe le support de couleurs ; puis à nouveau le geste presque sauvage qui éteint pour un temps les couleurs afin de restituer par transparence les tons originels déposés les premiers. Quelquefois, le chatoiement de la surface picturale fait réellement croire à un tissu peint.

De ces palimpsestes colorés, Milène Giusti en possède toute la maîtrise. Elle pourrait reprendre à son compte la phrase de Matisse « je travaille sans théorie, j’ai seulement conscience des forces que j’emploie ».

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article
30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 00:31

CAMINITI

Fà un giro ?

Si d'aucuns travaillent à la marge, Caminiti, lui, est au centre. La roue qui entraîne, le cercle qui circonscrit. Un territoire, un vide, un mouvement intercepté, un parcours suspendu, puis… l'envol.     Unité (symbolisée par la roue) et escapade solitaire.

     

Une statique personnelle lui fait unir dans une sorte de mariage contre nature des pièces empruntées aux domaines du vélo et de la pêche.

Là une roue, un guidon, une jante, ailleurs des rayons ou des freins…puis des fils de pêche tendus. Les assemblages sont nets, précis, hautement techniques. Certaines oeuvres ont la vitalité des grandes courses cyclistes, d'autres évoquent les contorsions de gymnastes chinois, d'autres encore s'apparentent à de grands insectes, aux élytres majestueux et inquiétants. Des grotesques, ailleurs, grimacent.

Immobiles ou plaquées au sol, ces machines ne fonctionnent pas. Elles forment un concentré de motricité. Car, curieusement, les pédaliers en sont absents.  Toute image de la machine au travail est évacuée. Nul effort.

 

Les tiges flexibles servent de poignées –appel à domestication- ou épanouissent leurs courbes dans l'espace, à l'assaut de quelque col escarpé.

On songe parfois à Cy Twombly ou plutôt à Richard Tuttle avec ses reliefs de fil de fer et d'ombre portée redessinée au crayon.

Si le cercle s'agite, c'est en circuit fermé, comme dans "la Grue" (une danseuse de Degas qui aurait endossé le tutu de plâtre de Louis Cane), ou "l'heureux tour" (clin d'œil à l'ancêtre du cinéma , le phénakistiscope de 1842).      Supplice de la révolution éternelle.

Ayant mis à ses roues des ailes, Caminiti tente une échappée.

 

Roseline Giusti-Wiedemann

Professeur associé, Université de Bordeaux 3.

 

 

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article
29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 23:58

Aline Ribière ou la traversée du textile

Vêtures, dévêtures 3.

 

L'histoire des œuvres d'art est aussi celle de leurs accrochages sucessifs. La rétrospective des créations d'Aline Ribière au Château de Pau fournit l'occasion d'une nouvelle lecture des principales pièces de la plasticienne bordelaise. Singularité d'un parcours autobiographique de près de trente ans, où de déroutants matériaux font œuvre de poésie pure, où de lents rituels initient à d'indicibles traversées.

 

L'artiste travaille sur la peau et l'enveloppement du corps selon des agencements multiples, souvent duels et inverses : édification d'organiques carapaces, d'une émouvant fragilité ou au contraire troublantes éventrations; figuration faussement naïve des parties sexuées sur la matière textile ou épousaille du corps au plus près de sa forme, recourrant à un écrasement radical du tissu; construction-déconstruction de carrés de lin dans un réversible passage du plat au volume; ordre-désordre; envers-endroit…

Une réflexion sur le temps est aussi engagée. Incorruptible comptabilité des jours, systématiquement notée, avec la chasuble aux vingt-sept voiles, endossé chacun, matin après matin;

exploration du flétrissement avec l'utilisation de triviales épluchures de pomme de terre, édifiées en corps de robe ou apprivoisement de la mort lors de rites de passage dans de somptueuses chrysalides.

 

Les robes d'algues (Mues) créées au Domaine d' Abbadia, à  Hendaye, -l'artiste y était en résidence en 2002-, et montrées en suivant au Carré Bonnat à Bayonne;  la robe du Japon, dévoilée, entre autres, à Berne en 2003, les robes dermographiées –"tirées" sur les presses à gravure de la Maison des Arts d'Evreux , 2003; la robe en dentelle d' épices de Byblos, -dernière-née lors d'une résidence en juin 2004-, aux côtés d'enveloppes corporelles plus anciennes comme les Carrés Blancs, (1987),  trouvent ici un cadre privilégié de dialogue.

 

Marc Guiraud, biographe de l'artiste, soulignait récemment dans un texte écrit à l'issue de l'exposition du Liban, combien le site archéologique avait finement révélé certaines pièces. La confrontation avec un lieu fameux de l'histoire française ne manquera pas de livrer certains aspects de l'œuvre, inédits.

 

L'exposition est accompagnée de performances, d'un colloque et d'un stage.

 

Roseline Giusti-Wiedemann.

 

Exposition :  8-30 octobre 2004, au Musée National Château de Pau. Vernissage :18 H.

Performance-habillage rituel, la Robe du Japon : 8 octobre,  20H30, au Château.

Séminaire-rencontre et performance Les Carrés Blancs :  9 octobre, au théâtre Saragosse, Pau, avec des interventions de Bernard Lafargue, Marc Guiraud, Roseline Giusti.

Stage Habits habités, le langage des vêtements : 16-19 octobre, MJC du Laü.

Contact : 05 56 69 74 03   e-mail : ribiere.aline@voilà.fr

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article
29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 23:49

DENISE SABOURIN

 

 

                              « Qu’est-ce qu’un événement ? C’est ce qui a déchiré quelque chose. »

                                 Dominique Desanti in Cause Commune, n°2, 1972.

 

 

Denise Sabourin construit des évènements artistiques en prise avec le réel. Elle ausculte l’univers qui l’entoure et propose une création en interaction avec lui. Contextes, circonstances nourrissent son art. Il ne s’agit plus de dire cette réalité, selon les formes classiques de la représentation, mais d’établir un rapport direct entre l’œuvre et le monde tel qu’il va.

Les occasions de dialogue sont inépuisables. Le passage d’un artiste dans sa ville, la commémoration d’un écrivain, la rencontre avec un défenseur d’une cause écologique ou politique…tout est matière à déclencher une action. Servie par une remarquable faculté à saisir l’évènement, elle impulse avec beaucoup de vivacité un projet qui, intégrant les données de l’actualité, va offrir un ample développement créatif.

 

Pour ce faire, Denise entre en relation avec des acteurs divers susceptibles de jouer sur son registre.

Elle se situe dans une dynamique de connexion, sollicitant l’autre, suscitant son intervention, engendrant des espaces rhizomatiques  aussi illimités qu’inattendus Son atelier vit au rythme du monde.

 

JEUX PLURIELS

Venus exposer à La Rochelle, lieu de résidence de Denise Sabourin, la photographe chinoise Jiong ZHU et  le Polonais Tadeuz Walczak…par exemple, se sont prêtés à son jeu, dynamisés par le bonheur d’expérimenter ensemble.

L’une  parie avec malice sur les Jeux Olympiques, l’autre diffuse, comme un palimpseste, son travail pictural (des portraits) en reprenant à Witkacy, son compatriote, les fameux symboles codés qu’il apposait sur ses tableaux. Cela nous vaut une belle œuvre collective, virtuellement enclose  par l’artiste rochelaise dans un parallélépipède traité en transparence qui renvoie au vécu de l’artiste polonais.

D. Sabourin ne pouvait rester insensible au débat sur l’ours pyrénéen et sa rencontre avec le militant et poète André Cazetien  lui suggère une réflexion qui va bien au-delà du simple jeu de mots inscrit sur sa toile : « On a perdu la grande ourse ».

D’autres fois, ce sont les élèves de Denise Sabourin qui collaborent au projet de leur professeur (1). Ainsi un colloque sur l’écrivain français Gaëtan Picon et, plus particulièrement ses écrits sur le portrait de Mme Moitessier par Ingres, ont donné lieu à un travail plastique où le navigateur éponyme, bien connu à La Rochelle, trouvait aussi sa place.

Quant au mât-éolienne,  il a engendré une formidable synergie entre étudiants, détenus, artisans et grand public, propice à réactiver un élan dynamique et porteur de progrès, à la manière de Gandhi. Une vidéo garde trace de ce moment mémorable.

Ainsi oeuvres collectives et œuvres individuelles trouvent un subtil équilibre.

 

ENGAGEMENT

Immergé dans le concret, le propos ne peut être qu’engagé. Il dénote une prise de conscience, une volonté d’agir, des objectifs à atteindre. L’œuvre en tant que production d’évènements ouvre des des pistes de réflexion, relance des questionnements.

D’action en action, le potentiel critique et esthétique de la pratique artistique est ainsi révélé. Il importe à Denise Sabourin de donner de l’épaisseur et du sens à notre vie actuelle, broyée par la vitesse et l’urgence.

 

 

 

RITUEL

Conjugaison à plusieurs, l’œuvre vaut aussi par ses temps successifs, ses rebonds et ses réseaux.

Le plus souvent, il y a eu, au démarrage de chaque projet, un protocole ritualisé pour lequel Denise requiert le concours d’un praticien de médecines orientales. Le champ énergétique du patient, sollicité en certains points, libère tout un potentiel d’images, de couleurs et d’expressions verbales, « racines en pleine croissance, gorgées de sève » (2), qui deviennent les matériaux privilégiés du report sur la toile.

 

 

GAZE EN DIPTYQUE

Le support utilisé, une gaze chirurgicale au format constant de 2m x 2m, identique d’une œuvre à l’autre, agit comme un réceptacle. Le recours à ce type de textile n’est pas fortuit. Lié à un moment douloureux de l’histoire personnelle de Denise, cette étoffe légère et transparente s’est naturellement imposée, tant elle était chargée de significations. Panser, se panser mais aussi  recueillir, voire receler.

 

Toutes les œuvres qu’elle crée revêtent la forme d’un diptyque, chaque pan correspondant à deux scansions temporelles spécifiques. Version moderne du symbole grec.

Le premier panneau recueille les mots-maux révélés, lors de l’entretien médical .Ils témoignent d’un vécu, d’une expérience,  ils font émerger des pensées, des émotions, des désirs qui mettent en branle l’action.

 

 

APPROPRIATION

            « C’est le passage du pont qui seul fait ressortir les rives comme rives »  Martin Heidegger. 

 

La gaze, ainsi chargée de signes, est donnée au partenaire, selon les termes d’un protocole d’accord qui en fixe,  plutôt que l’usage, la fonction prophylactique autant que charismatique. Restaurant, en quelque sorte, les rites de passage ancestraux (3), c’est bien d’une mission que le porteur se trouve  investi : celle de communiquer et de provoquer une prise de conscience. Aussi Denise Sabourin suggère t-elle une mise en mouvement de l’œuvre, une intervention d’ordre collectif, une mini-performance, qui recréera du lien social. . « Les performances », dit David Le Breton, «  sont un discours sur le monde…elles ébranlent la sécurité du spectateur… » (4)

Toutefois, une grande liberté chorégraphique est laissée au protagoniste. Bien que de dimensions constantes, la gaze est polymorphe. Laissée libre, elle est bannière, voile…; coupée, plus ou moins ajustée aux contours du corps, elle devient kimono, caftan ou djellaba. Etendard, enveloppe matricielle, cuirasse protectrice ou manteau d’apparat donnant un sentiment de puissance, ces œuvres collectives sont de véritables territoires d’expression.  Le moment de l’appropriation est primordial. Métamorphosée dans son apparence physique, l’identité du porteur est profondément  redéfinie, jusqu’à provoquer une véritable « conversion » de l’être.    

Les lieux choisis sont aussi révélateurs d’une démarche propre. Jiong Zhu s’exhibe dans un aéroport, lieu de connexions s’il en est. Tadeusz, dans les neiges polonaises, emporté par l’ampleur du manteau, semble voler au-dessus d’obus –de simples buses de fontaine, gelées-. André Cazetien fait œuvre de mémoire collective en  brandissant son poème à l’ourse Cannelle devant certaines cimes pyrénéennes particulièrement chargées d’histoire.

 

 

 

LE DIT DE LA BRODERIE

Le pan droit de la gaze, traversé d’une inscription écrite, rebrodée,  révèle le devenir ultérieur de l’œuvre. Les images de ce panneau sont traitées par un laboratoire parisien selon un procédé qui donne une volontaire et symptomatique apparence d’imperfection : nos technologies modernes, si performantes qu’elles soient, ne peuvent assurer une communication parfaite.

Denise Sabourin tient également à utiliser la technique séculaire qu’est la broderie (5). La valeur du fait main, certes, mais aussi l’autre rapport au temps que ce travail d’aiguille instaure. On pense aux techniques de marquage des trousseaux d’autrefois, éléments non négligeables des patrimoines familiaux. Viennent aussi à l’esprit les scarifications rituelles, surfaces de peaux labourées. La cicatrice est ici dans la chair du tissu. Traces qui immortalisent  des énoncés. Brochés très en relief, ces écrits brodés redoublent de présence.

 

Ce panneau droit du diptyque est généralement la partie destinée à affronter l’espace public. Il a pour fonction de délivrer un message à la collectivité, voire au monde. Il n’est pas innocent que le support soit plan, surface adéquate pour l’inscription de signes.

Soumise par principe à variations, à rebondissements, l’œuvre se prête ainsi à des usages divers, à des affectations non limitatives. Elle étend son champ d’action hors des territoires jusque-là consacrés à l’art. Les barrières entre l’artiste et son public sont alors abolies.

 

 

LA FABRIQUE  DE  SOI  

Le dispositif mis en place et pratiqué par Denise Sabourin est tout d’abord une quête personnelle. Que puis-je faire avec les autres ? Il s’agit de construire une relation permettant de délivrer un message accessible, intelligible au plus grand nombre. L’échange vivifiant,  source d’invention, contre le morcellement de soi et contre la solitude. Face à l’incommunicabilité ambiante, des possibilités d’ouvertures. Il y a ensuite la préoccupation de changer non seulement son regard, mais de modifier attitude et comportement face à l’enlisement de la banalité journalière et d’accomplir ainsi une transformation poétique du quotidien. Son œuvre innerve la res publica, la chose publique.

 

On pourrait imaginer que soit réuni un jour l’ensemble des gazes imprimées et brodées.

Images et textes révèleraient  le répertoire des engagements successifs de Denise Sabourin, dont, détentrice de la fameuse scytale (6), elle est la seule aujourd’hui à avoir la vision globale. Il faudrait alors convoquer aussi tous ceux et celles qui ont construit avec elle cette immense texture et restaurer l’affectivité commune qui les liait .

Mais laissons les récapitulatifs aux historiens. « Toute la force du temps se condense dans l’instant novateur où la vue se dessille », disait Gaston Bachelard et nous lui donnons raison.

 

 

Roseline Giusti – Wiedemann

Professeur associé, Université de Bordeaux3

 

 

(1) Denise Sabourin, agrégé d’arts plastique  enseigne au lycée Valin de La Rochelle.

(2) Selon les termes mêmes de Denise Sabourin.

(3) Dont  David Le Breton déplore la perte in  La peau et la trace, ed. Métailié, 2003, p. 42 » Nos sociétés ne connaissent aucun rite de passage, elles ne sauraient par ailleurs quoi transmettre ».

(4) Ibidem p.100.

(5) La broderie est la plupart du temps réalisée par l’Atelier du Bégonia à Rochefort ou le lycée professionnel Jamain de Rochefort. Pour l’œuvre avec la photographe Jiong ZHU, le travail est fait en Chine.

(6) Bâton d’une grosseur déterminée sur lequel on enroulait les lanières servant à écrire les dépêches d’Etat de Sparte ; illisible une fois déroulée, la dépêche ne pouvait être lue que roulée sur un bâton de même grosseur.

 

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article
7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 21:46

Aline Ribière ou la traversée du textile

Vêtures, dévêtures 3.

 

L'histoire des œuvres d'art est aussi celle de leurs accrochages sucessifs. La rétrospective des créations d'Aline Ribière au Château de Pau fournit l'occasion d'une nouvelle lecture des principales pièces de la plasticienne bordelaise. Singularité d'un parcours autobiographique de près de trente ans, où de déroutants matériaux font œuvre de poésie pure, où de lents rituels initient à d'indicibles traversées.

 

L'artiste travaille sur la peau et l'enveloppement du corps selon des agencements multiples, souvent duels et inverses : édification d'organiques carapaces, d'une émouvant fragilité ou au contraire troublantes éventrations; figuration faussement naïve des parties sexuées sur la matière textile ou épousaille du corps au plus près de sa forme, recourrant à un écrasement radical du tissu; construction-déconstruction de carrés de lin dans un réversible passage du plat au volume; ordre-désordre; envers-endroit…

Une réflexion sur le temps est aussi engagée. Incorruptible comptabilité des jours, systématiquement notée, avec la chasuble aux vingt-sept voiles, endossé chacun, matin après matin;

exploration du flétrissement avec l'utilisation de triviales épluchures de pomme de terre, édifiées en corps de robe ou apprivoisement de la mort lors de rites de passage dans de somptueuses chrysalides.

 

Les robes d'algues (Mues) créées au Domaine d' Abbadia, à  Hendaye, -l'artiste y était en résidence en 2002-, et montrées en suivant au Carré Bonnat à Bayonne;  la robe du Japon, dévoilée, entre autres, à Berne en 2003, les robes dermographiées –"tirées" sur les presses à gravure de la Maison des Arts d'Evreux , 2003; la robe en dentelle d' épices de Byblos, -dernière-née lors d'une résidence en juin 2004-, aux côtés d'enveloppes corporelles plus anciennes comme les Carrés Blancs, (1987),  trouvent ici un cadre privilégié de dialogue.

 

Marc Guiraud, biographe de l'artiste, soulignait récemment dans un texte écrit à l'issue de l'exposition du Liban, combien le site archéologique avait finement révélé certaines pièces. La confrontation avec un lieu fameux de l'histoire française ne manquera pas de livrer certains aspects de l'œuvre, inédits.

 

L'exposition est accompagnée de performances, d'un colloque et d'un stage.

 

Roseline Giusti-Wiedemann.

 

Exposition :  8-30 octobre 2004, au Musée National Château de Pau. Vernissage :18 H.

Performance-habillage rituel, la Robe du Japon : 8 octobre,  20H30, au Château.

Séminaire-rencontre et performance Les Carrés Blancs :  9 octobre, au théâtre Saragosse, Pau, avec des interventions de Bernard Lafargue, Marc Guiraud, Roseline Giusti.

Stage Habits habités, le langage des vêtements : 16-19 octobre, MJC du Laü.

Contact : 05 56 69 74 03   e-mail : ribiere.aline@voilà.fr

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article
7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 21:31

Inde écrite

L’œuvre picturale de Milène Giusti transcrit l'intensité violente et généreuse des couleurs, la vibration de la lumière, la foule bruissante de la rue et la ferveur jubilatoire de cette terre indienne habitée des dieux. C'est cette relation forte et inextinguible dont l'artiste témoigne inlassablement.

Ainsi, chaque peinture invite-t-elle à la déambulation dans des touches picturales dynamiques, travaillées au pastel, aux pigments et à l'acrylique. Le regard est sans arrêt sollicité : recouvrement léger, glacis, aplat soyeux, flaques aériennes, mais aussi ballet de segments chamarrés, d'éclairs monochromes.

Les supports - feuilles de papiers cartonnés - donnent aux oeuvres le frémissement qu'elles exigent.

La plupart des dessins sont travaillés selon la verticalité, avec, en contrepoint, des traits horizontaux qui viennent comme une rupture interrompre l'ascension à l'assaut du ciel. Les grands formats dévoilent de façon plus figurative quelques monuments majeurs de cette Inde mythique : temples, effigies tirées du panthéon indien à peine esquissées.

Si, par le jeu des profondeurs patiemment travaillées - matières et couleurs mêlées - les oeuvres attestent de la plasticité de la matière picturale, si elles assaillent par l'intensité des coloris, elles amènent bientôt le regard à capter une autre dimension. Emprisonnées dans la peinture, sourdent des interrogations d'un autre type, dictées par l'Inde matricielle et l'inévitable prégnance de sa mystique.

Exigeant, s'écartant des voies convenues, le travail de Milène Giusti atteste de la vitalité et de l'authenticité de la démarche.

Roseline Wiedemann, Bordeaux, 2002

 

L’inde écrite.

Milène Giusti a vécu plus de six ans en Inde du sud. Son œuvre picturale transcrit l’intensité violente et généreuse des couleurs, la vibration de la lumière, la foule bruissante  de la rue et la ferveur jubilatoire de cette terre habitée des dieux. C’est de cette relation forte et inextinguible que l’artiste témoigne inlassablement. On ne peut vivre impunément sur le sol indien.

Aussi chaque peinture invite-t-elle à la déambulation dans des touches picturales dynamiques, travaillées au pastel, aux pigments et à l’acrylique. Le regard est sans arrêt sollicité : recouvrement léger, glacis, aplat soyeux, flaques aériennes, mais aussi ballet de segments chamarrés, d’éclairs monochromes.

Les supports –feuilles de papiers cartonnés- donnent aux œuvres le frémissement qu’elles exigent.

La plupart des dessins sont travaillés selon la verticalité, avec, en contrepoint, des traits horizontaux qui viennent comme une rupture interrompre l’ascension à l’assaut du ciel.

Les grands formats dévoilent de façon plus figurative quelques monuments majeurs de cette Inde mythique : temples, effigies tirées du panthéon indien à peine esquissées.

Si par le jeu des profondeurs patiemment travaillées –matières et couleurs mêlées- les œuvres attestent de la plasticité de la matière picturale, si elles assaillent par l’intensité des coloris, elles amènent bientôt le regard à capter une autre dimension. Emprisonnées dans la peinture, sourdent des interrogations d’un autre type, dictées par l’Inde matricielle et l’inévitable prégnance de sa mystique.

Exigeant, s’écartant des voies convenues, le travail de Milène Giusti atteste de la vitalité et de l’authenticité de sa démarche.

Roseline Giusti-Wiedemann

 

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article
7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 20:57

KIRPAL              

 Abstraction-paysages, 2010

De nationalité britannique, mais née en Afrique de l’Est, les origines de Kirpal Marwaha sont à chercher du côté du Pendjab.

Formée dans les  meilleures écoles anglaises, l’Institut d’art et de design de Birmingham, puis au très fameux Royal  College of Art, Kirpal Marwaha a reçu de ses maîtres un enseignement de grande qualité. Elle a ensuite enseigné l’art et le design dans des universités britanniques pendant huit années, puis elle a été chargée de la promotion  de ces enseignements à un niveau international.  Enfin elle a assuré les fonctions de directeur de marketing pour le compte d’une université anglaise, tâche exigeante qui ne lui permettait pas de se consacrer à la peinture autant qu’elle l’aurait voulu.

Installée en France depuis trois ans, dans le département du Gers, Kirpal  a désormais tout le loisir de s’adonner entièrement à sa passion  et à  organiser des expositions  de son travail en Angleterre et en France.

Les Pyrénées proches sont naturellement devenues sa permanente source d’inspiration. Les paysages qu’elle voit depuis les fenêtres de son atelier sont le principal motif de ses tableaux. Toutefois, le travail se décline en deux séries distinctes, la première où elle préserve un  certain réalisme dans la représentation. La deuxième où  la vision se fait abstraite, resserrée sur le motif pour exprimer avec plus d’intensité encore la puissance et le mouvement  du relief. Cette série est essentiellement en noir et blanc, avec, exceptionnellement, quelques recours au rouge parfois. Ces œuvres, en  gros-plan sont particulièrement bien servies par la technique picturale de l’artiste.

Il  faut dire que Kirpal aime travailler les matières en épaisseur  avec  vigueur, ce qui n’exclut pas la sensibilité.  La touche picturale (acrylique et techniques mixtes) est alors apposée en bandes  successives, de façon très tactile, soit à la brosse ou à l’aide morceaux de bois, soit directement avec les doigts. Certains effets de coulures sont obtenus par soufflage sur la surface de la toile à l’aide d’une paille.  Un autre procédé consiste à gratter la couche de peinture dans son épaisseur pour  introduire une dynamique particulièrement vivante entre le dessus et le dessous qui affleurent alternativement. Pour expliquer l’origine de cette pratique, il faut se référer aux tissages textiles pour lesquels Kirpal  a pendant longtemps exécuté  des cartons.

Ses couches généreuses donnent  forme aux courbes des montagnes ou des champs  alentours. Les couleurs suivent les saisons, éclatantes l’été, plus pâles ou givrées l’hiver.

Ses paysages marins font référence aux rivages atlantiques américains, la  Caroline du sud précisément,  où elle s’est rendue en 2009. Ils sont peints selon la même technique.

Affectionnant les vues panoramiques, Kirpal  n’hésite pas non plus à s’exprimer dans de tous petits formats. Ce va-et-vient entre des cadrages variés prouve la grande aisance de l’artiste à ajuster son regard, selon son bon vouloir.

L’exposition présente une soixantaine d’œuvres récentes de l’artiste.

Un certain nombre de ses toiles sont entrées dans des collections privées en Europe et particulièrement en Angleterre, en Inde et aux Etats-Unis.

Roseline Giusti-Wiedemann

Repost 0
Le blog de Roseline Giusti - dans Articles artistes
commenter cet article